L'été 2026 démarre sur une réalité que beaucoup d'apprentis découvrent dès la première vague de chaleur : entre le CFA et l'entreprise, qui est responsable quand il fait 38 °C ? Et que se passe-t-il quand un employeur décide de « rattraper » les heures parce que le CFA a fermé pour vigilance orange ? La loi est plus protectrice qu'on ne le croit — à condition de la connaître.
En résumé : depuis le 1er juillet 2025 (décret n° 2025-482 du 27 mai 2025), le Code du travail impose à l'employeur des mesures précises lors des épisodes de chaleur intense signalés par Météo-France : adaptation des horaires et de l'organisation, eau potable fraîche en quantité suffisante, équipements adaptés, information des salariés. Ces règles s'appliquent pleinement aux apprentis. Si le CFA ferme, l'apprenti rejoint en principe son entreprise ; aucun texte ne prévoit de « rattrapage » des heures de CFA, et toute heure en plus doit être rémunérée. Dans le BTP, un arrêt de chantier en vigilance orange ou rouge peut être indemnisé par le chômage-intempéries.
Que dit la loi quand le CFA ferme pour canicule ?
Premier réflexe à avoir en tête : fermeture du CFA ne rime pas avec dispense d'aller en entreprise. Le temps passé au CFA est du temps de travail (article L. 6222-24 du Code du travail) : quand l'établissement de formation ferme exceptionnellement (vigilance orange ou rouge de Météo-France), l'apprenti est en principe attendu dans son entreprise, sauf consigne contraire ou impossibilité matérielle (transports en commun arrêtés, entreprise elle-même fermée).
| Situation | Droit applicable | Conséquence salariale |
|---|---|---|
| CFA ouvert, apprenti en formation | Droit commun | Salaire habituel |
| CFA fermé, apprenti présent en entreprise | Droit commun | Salaire habituel |
| CFA fermé, apprenti dans l'impossibilité de venir | À régler par écrit avec l'employeur et le CFA | Une retenue injustifiée peut être contestée |
| Employeur demandant des heures « en plus » pour compenser | Aucun texte ne prévoit de rattrapage des heures de CFA | Heures à rémunérer, durées maximales à respecter |
| Vigilance orange ou rouge + arrêt de chantier BTP | Chômage-intempéries | 75 % du salaire (max 9 h/jour) |
« L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. » — article L. 4121-1 du Code du travail
Le Code du travail ne permet la récupération d'heures perdues que dans des cas limités, notamment une interruption collective du travail dans l'entreprise due à des intempéries ou à un cas de force majeure (article L. 3121-50). La fermeture du CFA n'est pas visée par ce texte. Concrètement, si votre CFA ferme mardi pour cause de vigilance orange et que votre employeur vous demande de venir samedi « compenser », ces heures sont du temps de travail à rémunérer, dans la limite des durées maximales — et, si vous êtes mineur, dans la limite de 8 heures par jour et 35 heures par semaine, avec deux jours de repos consécutifs. Notez la demande par écrit (mail, SMS) et parlez-en à votre CFA.
Les obligations concrètes de l'employeur en cas de forte chaleur
L'article L. 4121-1 du Code du travail impose à l'employeur une obligation générale de sécurité qui s'applique intégralement aux apprentis, majeurs comme mineurs. Le Code du travail ne fixe pas de température maximale : l'INRS retient des repères indicatifs (30 °C pour un travail de bureau, 28 °C pour un travail physique ou en extérieur). Depuis le 1er juillet 2025, le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 encadre les épisodes de chaleur intense, définis par référence à la vigilance canicule de Météo-France (articles R. 4463-1 et suivants). L'employeur doit notamment :
- Intégrer le risque chaleur dans l'évaluation des risques (document unique) et la réévaluer lors d'un épisode de chaleur intense ;
- Adapter l'organisation du travail, en particulier les horaires, pour réduire la durée et l'intensité de l'exposition, avec des périodes de repos ;
- Mettre à disposition de l'eau potable et fraîche en quantité suffisante — sur les chantiers du BTP, au moins 3 litres par jour et par travailleur lorsqu'il n'y a pas d'eau courante ;
- Limiter l'exposition par des aménagements (protections contre le rayonnement solaire, espaces de repos adaptés, obligatoires sur les chantiers) ;
- Fournir des équipements de protection adaptés à la chaleur : casquette, vêtements légers, lunettes, crème solaire indice 50 pour les postes en plein soleil ;
- Informer et former les salariés sur les risques et les bons réflexes.
Pour les apprentis mineurs, le Code du travail prévoit des règles complémentaires (durées maximales réduites, interdiction du travail de nuit sauf dérogations) qui, en cas de canicule, favorisent l'adaptation des horaires plutôt que leur allongement.

Apprenti en BTP : le chômage-intempéries peut vous indemniser
Si vous travaillez dans le bâtiment ou les travaux publics, un levier existe : le chômage-intempéries, géré par les caisses CIBTP. Selon service-public.fr, en cas de vigilance canicule orange ou rouge, l'arrêt de travail du fait des intempéries peut être indemnisé pour les entreprises du BTP. Les modalités de déclaration sont fixées par l'arrêté du 8 avril 2026.
Les principales règles :
- Une vigilance orange ou rouge de Météo-France (la vigilance jaune ne suffit pas à mobiliser ces dispositifs) ;
- Le salarié doit avoir accompli au moins 200 heures de travail dans le BTP au cours des deux mois précédant l'arrêt ;
- L'employeur adresse une déclaration provisoire de l'arrêt au plus tard 120 heures après son début ;
- Le bordereau définitif doit être transmis dans le mois suivant la reprise d'activité, à peine de forclusion.
L'indemnisation s'élève à 75 % du salaire, à partir de la deuxième heure perdue dans la semaine, plafonnée à 9 heures par jour, 45 heures par semaine et 55 indemnités journalières par année civile. Attention : un salarié qui est seulement dans l'impossibilité de se rendre au travail à cause d'une intempérie ne relève pas de ce régime. Par ailleurs, en vigilance orange ou rouge, tout employeur peut recourir à l'activité partielle (motif « circonstance de caractère exceptionnel »).
Pour un apprenti, l'indemnité est calculée sur son propre salaire : vérifiez votre bulletin de paie et posez la question au service paie si un arrêt intempéries y figure.
Sanctions encourues par l'entreprise qui ne joue pas le jeu
L'employeur qui ignore ses obligations chaleur s'expose à une cascade de risques — et il est important que l'apprenti les connaisse pour faire valoir ses droits sans pression :
- Mise en demeure de l'inspection du travail, qui peut exiger des mesures de prévention contre les risques liés aux épisodes de chaleur intense, puis arrêt temporaire de l'activité en cas de non-respect ;
- Contentieux prud'homal pour manquement à l'obligation de sécurité ;
- Reconnaissance de faute inexcusable en cas d'accident du travail (coup de chaleur, malaise, déshydratation) ;
- Risque pénal en cas d'accident grave (blessures involontaires) ou d'exposition délibérée à un danger (mise en danger d'autrui, article 223-1 du Code pénal) ;
- Responsabilité civile de l'entreprise pour le préjudice subi.
Pour les apprentis en BTP, le secteur le plus exposé aux épisodes de chaleur, consultez aussi notre guide alternance BTP : métiers et formations 2026.
Que faire concrètement si vos droits ne sont pas respectés ?
Si votre employeur vous demande des heures non rémunérées, refuse une pause hydratation, ou maintient une activité dangereuse par forte chaleur, voici la marche à suivre — dans l'ordre, sans brusquer :
- Parlez-en d'abord au maître d'apprentissage : il est chargé de votre accompagnement dans l'entreprise. S'il ne bouge pas, passez à l'étape suivante.
- Saisissez le CFA par mail (avec copie au coordinateur pédagogique) : il peut intervenir auprès de l'entreprise.
- Contactez le médecin du travail de l'entreprise : il peut proposer des aménagements de poste. Vous pouvez demander à le voir à tout moment, sans que cette demande puisse motiver une sanction.
- Saisissez l'inspection du travail via la DREETS de votre région (coordonnées sur le site de votre DREETS).
- Sollicitez le CSE s'il existe : ses membres disposent d'un droit d'alerte en cas de danger grave et imminent.
En cas de danger grave et imminent, le droit de retrait (article L. 4131-1 du Code du travail) s'applique aussi aux apprentis. En cas d'urgence (coup de chaleur, malaise d'un collègue), le 15 (SAMU) prime évidemment sur toute démarche administrative.
Quelques réflexes à garder en tête cet été
- Vérifiez la vigilance Météo-France chaque matin avant de partir :
le site
vigilance.meteofrance.frest la référence, et les dispositifs de soutien (activité partielle, chômage-intempéries) sont liés aux vigilances orange ou rouge. - Hydratez-vous avant d'avoir soif : par forte chaleur, l'effort physique en extérieur fait perdre beaucoup d'eau par la transpiration.
- Notez les températures relevées sur votre chantier ou dans votre atelier : ces relevés peuvent servir en cas de litige.
- Gardez une trace écrite de toute consigne litigieuse (mail, SMS, message écrit) : en cas de litige, c'est la pièce numéro un.
- Vérifiez votre paie après un épisode de canicule : votre simulateur de rémunération donne le salaire minimum de référence, et notre page droits de l'alternant récapitule vos protections.
Pour les apprentis qui débutent en septembre 2026, gardez en tête que la canicule n'est pas une « pause bonus » : c'est un risque professionnel encadré, et votre employeur a l'obligation de vous protéger. Si ce n'est pas le cas, faites-vous entendre — la loi est de votre côté.