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Partir à l'étranger pendant son alternance en 2026 : mode d'emploi

« De toute façon, en alternance, on ne peut pas partir à l'étranger. » Cette phrase, des milliers d'apprentis l'entendent chaque année — de la bouche d'un camarade, parfois d'un formateur mal informé. Elle est fausse depuis 2018.

En résumé : un apprenti peut effectuer une partie de son contrat à l'étranger, en entreprise comme en centre de formation, pour une durée allant de quelques jours à un an. La loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel a créé un mécanisme simple : au-delà de 4 semaines, le contrat d'apprentissage français est « mis en veille » (articles L. 6222-42 et L. 6222-44 du Code du travail). L'entreprise d'accueil étrangère devient alors seule responsable des conditions de travail, de la santé et de la sécurité ; l'employeur français suspend le versement du salaire et les cotisations correspondantes. En dessous de 4 semaines, le contrat continue normalement : l'apprenti reste payé par son employeur français. Le financement passe principalement par Erasmus+ (bourses gérées par l'agence Erasmus+ France / Éducation Formation), complété par les aides régionales, l'OPCO et parfois l'entreprise. Une convention type (arrêté du 22 janvier 2020) doit être signée entre l'apprenti, l'employeur, le CFA et les structures d'accueil. Comptez 4 à 6 mois de préparation : pour un départ en avril 2027, on commence le dossier maintenant.

Homme travaillant dans un atelier mécanique, vu à travers une verrière, entouré de pièces et d'outils

Un apprenti a-t-il vraiment le droit de partir à l'étranger ?

Oui, et le droit est explicite. Les articles L. 6222-42 à L. 6222-44 du Code du travail organisent la mobilité internationale des apprentis, en France comme hors d'Europe. Le texte prévoit que « la durée de la période de mobilité peut être portée à un an » — soit, dans certains cursus longs, une année entière passée en Allemagne, en Espagne, en Irlande ou au Québec.

Deux régimes coexistent, et c'est le seuil de quatre semaines qui les sépare.

Durée de la mobilitéStatut du contrat françaisQui paie le salaire ?Qui couvre les risques ?
Jusqu'à 4 semainesMaintenu intégralementL'employeur françaisL'employeur français (AT/MP maintenus)
Plus de 4 semainesMis en veilleSuspension du salaire françaisLa structure d'accueil étrangère

La « mise en veille » n'est pas une rupture ni une suspension pure et simple : le contrat continue d'exister, la période compte dans la durée totale du contrat, et l'apprenti retrouve son poste au retour. Ce qui est suspendu, ce sont les obligations réciproques de l'employeur français (rémunération, direction, responsabilité) pendant que l'apprenti travaille ailleurs.

« La période de mobilité effectuée à l'étranger est prise en compte dans la durée du contrat d'apprentissage. » — article L. 6222-42 du Code du travail

Attention à une conséquence pratique souvent oubliée : pendant la mise en veille, l'apprenti ne perçoit plus son salaire français. C'est la bourse Erasmus+ et, éventuellement, une indemnité de l'entreprise étrangère qui prennent le relais. Le calcul budgétaire doit être fait avant de signer la convention, pas en arrivant à Dublin.

Quels dispositifs pour financer une mobilité en alternance ?

Erasmus+, la porte d'entrée principale

Erasmus+ ne concerne pas que les étudiants d'université. Le volet « Enseignement et formation professionnels » (EFP) finance explicitement les apprentis. Les mobilités courtes (10 à 89 jours) et longues (90 jours à 12 mois, dispositif ErasmusPro) sont ouvertes à tout apprenti inscrit dans un CFA porteur d'un projet ou titulaire de la charte Erasmus+ accréditée.

Concrètement, la bourse couvre :

  • un forfait voyage calculé selon la distance (bandes kilométriques) ;
  • un soutien individuel journalier couvrant hébergement et vie courante, modulé par pays ;
  • un soutien inclusion majoré pour les apprentis en situation de handicap ou en difficulté socio-économique ;
  • une préparation linguistique en ligne via la plateforme dédiée.

Le point clé : c'est l'établissement qui candidate, pas l'apprenti. Votre première question au CFA doit donc être : « Êtes-vous accrédité Erasmus+ ou membre d'un consortium ? » Si la réponse est non, il existe des consortiums régionaux et des groupements de CFA (notamment via les chambres de métiers et les chambres de commerce) qui portent les projets pour le compte d'établissements plus petits.

Les autres sources de financement

  • Les Régions : la plupart proposent des aides à la mobilité internationale pour les apprentis (montants et conditions très variables — vérifiez auprès du conseil régional de votre lieu de formation).
  • Les OPCO : certains opérateurs de compétences prennent en charge des frais annexes (assurance, visa, hébergement) dans le cadre des dépenses liées à la mobilité.
  • L'Office franco-allemand pour la Jeunesse (OFAJ) et l'Office franco-québécois pour la jeunesse (OFQJ), incontournables pour ces deux destinations.
  • L'entreprise française, qui peut choisir de maintenir tout ou partie du salaire même en mise en veille — rien ne l'en empêche, c'est un argument à négocier.

Pour l'organisation matérielle, prévoyez large : un adaptateur de prise universel évite la mauvaise surprise du premier soir en Irlande ou en Pologne, et une valise cabine rigide aux dimensions homologuées vous épargne les frais de dernière minute des compagnies low cost.

Jeune homme en chemise beige assis à une table de bureau face à une femme lors d'un entretien

Quelles démarches administratives pour partir sereinement ?

La convention de mobilité, document central

L'arrêté du 22 janvier 2020 a fixé les modèles de convention applicables. Deux versions existent : l'une pour les mobilités de moins de 4 semaines (contrat maintenu), l'autre pour les mobilités de plus de 4 semaines (mise en veille). La convention est signée par :

  1. l'apprenti (et son représentant légal s'il est mineur) ;
  2. l'employeur français ;
  3. le CFA français ;
  4. l'entreprise et/ou l'organisme de formation d'accueil à l'étranger.

Elle précise les dates, les objectifs pédagogiques, les modalités d'évaluation, les responsabilités en matière de santé et de sécurité, le régime de protection sociale et les modalités d'hébergement. Ne partez jamais sans convention signée : c'est elle qui sécurise la validation de votre diplôme et votre retour dans l'entreprise.

Protection sociale : le point à ne pas rater

Pour une mobilité dans l'Union européenne, l'EEE, la Suisse ou le Royaume-Uni, demandez la Carte européenne d'assurance maladie (CEAM) sur votre compte Ameli. Elle est gratuite, mais comptez environ deux semaines de délai : anticipez. Elle donne accès aux soins médicalement nécessaires dans le pays de séjour, aux mêmes conditions que les assurés locaux.

Attention : la CEAM ne couvre ni le rapatriement, ni la responsabilité civile, ni les soins privés. Une assurance voyage complémentaire reste vivement recommandée, et elle est souvent exigée par la structure d'accueil. Pour les destinations hors Europe (Canada, États-Unis…), le régime français ne s'applique plus : la souscription d'une assurance santé internationale devient impérative, et l'accord bilatéral France-Québec mérite d'être vérifié auprès du CLEISS (Centre des liaisons européennes et internationales de sécurité sociale).

Côté couverture accident du travail : pendant la mise en veille, c'est la législation du pays d'accueil qui s'applique. La convention doit indiquer explicitement qui assure quoi. En cas de doute, le CFA et l'OPCO sont vos interlocuteurs.

Visa et titre de séjour

Aucune formalité pour les ressortissants français en Europe. Hors UE, un visa de stage ou de travail temporaire est presque toujours nécessaire : les délais d'obtention (souvent 6 à 12 semaines) conditionnent tout le calendrier. Pour les apprentis étrangers résidant en France, la mobilité impose une vigilance supplémentaire sur la validité du titre de séjour au retour — un point à vérifier auprès de la préfecture bien en amont.

Comment convaincre son employeur de vous laisser partir ?

C'est souvent l'étape la plus délicate. L'employeur ne peut pas être contraint : la mobilité suppose son accord. Voici les arguments qui fonctionnent réellement.

  • Le coût est nul, voire favorable. En mise en veille, l'entreprise ne verse plus le salaire sur la période. La mobilité ne lui coûte, dans la majorité des cas, que du temps administratif.
  • La compétence linguistique revient dans l'entreprise. Un apprenti qui a passé trois mois dans une PME allemande ou espagnole devient l'interlocuteur naturel des clients et fournisseurs étrangers.
  • L'argument RH. Une entreprise qui accompagne une mobilité soigne sa marque employeur — un levier réel dans les secteurs en tension.
  • Le calendrier négocié. Proposez une période creuse dans l'activité de l'entreprise plutôt qu'un pic de charge.

Préparez un dossier écrit d'une page : objectifs, dates, entreprise d'accueil, financement, ce que vous ramènerez. Le même effort de structuration que pour réussir son entretien d'alternance. Et si votre recherche d'entreprise n'est pas encore bouclée, mentionner un projet de mobilité peut au contraire devenir un atout différenciant : consultez nos offres d'alternance en gardant l'international en tête.

Un carnet de notes format A5 pour consigner les objectifs pédagogiques et le suivi hebdomadaire fait meilleure impression, au retour, qu'une pile de photos de vacances : la plupart des CFA demandent un livrable de restitution.

Deux jeunes salariés avec casques audio travaillent devant des ordinateurs dans un bureau clair

Rétroplanning : quand faire quoi ?

Un projet de mobilité se construit sur quatre à six mois minimum. Voici un calendrier réaliste pour un départ au printemps 2027.

ÉchéanceAction
J-6 mois (septembre 2026)Vérifier l'accréditation Erasmus+ du CFA, identifier le référent mobilité
J-5 moisDéfinir la période avec l'employeur, obtenir un accord de principe écrit
J-4 moisRechercher l'entreprise d'accueil (réseau du CFA, consortium, chambres consulaires)
J-3 moisMonter le dossier de bourse, tests linguistiques, budget prévisionnel
J-2 moisRédiger et faire signer la convention de mobilité par les quatre parties
J-6 semainesDemander la CEAM sur Ameli, souscrire l'assurance complémentaire, réserver le logement
J-3 semainesBillets, ouverture d'un moyen de paiement sans frais à l'étranger, préparation linguistique
RetourRestitution au CFA, mise à jour du CV et du portfolio, valorisation Europass

Le budget, poste par poste

La bourse Erasmus+ couvre l'essentiel mais rarement la totalité. Prévoyez :

  • Logement : le poste le plus lourd. Colocation, résidences jeunes travailleurs, ou hébergement proposé par l'entreprise d'accueil.
  • Caution : souvent un à deux mois de loyer, à avancer.
  • Transports locaux : abonnement mensuel, à prévoir dès l'arrivée.
  • Frais bancaires : une carte sans commission sur les paiements en devises devient indispensable hors zone euro.

Si le logement reste un point bloquant, notre dossier sur les aides financières de l'alternance recense les dispositifs mobilisables — certains restent activables pendant la mobilité.

Que ramène-t-on concrètement d'une mobilité ?

La reconnaissance des acquis

Le document de référence est l'Europass Mobilité, délivré via l'agence Erasmus+ France. Il liste les compétences acquises, les tâches effectuées et les résultats d'apprentissage validés par la structure d'accueil. Il figure sur le CV et il est reconnu dans les 27 États membres.

Pour les diplômes professionnels français, la période de mobilité peut être intégrée à la formation obligatoire : le CFA convertit alors les heures effectuées à l'étranger en heures de formation ou en périodes en entreprise. Ce point doit être tranché avant le départ, dans la convention : c'est ce qui garantit qu'aucune heure ne sera perdue pour l'examen.

L'effet sur l'employabilité

Les études de suivi menées par la Commission européenne sur les diplômés de la formation professionnelle montrent un avantage net à l'embauche pour les profils ayant vécu une mobilité — meilleure autonomie, adaptabilité, langue. Dans les secteurs exportateurs (industrie, logistique, hôtellerie-restauration, viticulture, luxe), c'est un différenciateur direct.

Pour capitaliser, deux réflexes simples : passer une certification linguistique reconnue (type TOEIC ou Goethe-Zertifikat) au retour — une méthode de préparation au TOEIC achetée avant le départ se rentabilise vite — et documenter chaque mission dans un portfolio. Un casque à réduction de bruit aide aussi à travailler l'oral en open space ou dans un logement partagé.

Et si ça se passe mal ?

La convention prévoit les conditions d'interruption anticipée. En cas de problème sérieux (conditions de travail non conformes, difficulté d'hébergement, situation personnelle), le retour anticipé est possible : le contrat français reprend son cours normal à la date convenue avec l'employeur. Contactez immédiatement le référent mobilité du CFA, qui reste votre point d'entrée pendant toute la période, ainsi que le consulat français si la situation l'exige.

Les erreurs qui coûtent cher

  1. Partir sans convention signée : la période risque de ne pas être validée pédagogiquement, et la couverture assurantielle devient floue.
  2. Oublier de prévenir l'OPCO : certaines prises en charge doivent être demandées en amont, jamais rétroactivement.
  3. Sous-estimer la perte de salaire en mise en veille, et se retrouver à découvert au bout de trois semaines.
  4. Choisir la destination avant le projet pédagogique : la mobilité doit servir le diplôme, pas l'inverse. Les CFA refusent régulièrement des projets purement touristiques.
  5. Négliger la préparation linguistique : la plateforme de soutien linguistique en ligne d'Erasmus+ est gratuite et se travaille dès l'automne. Un manuel de conversation professionnelle en anglais complète utilement les modules en ligne.

L'alternance n'enferme personne dans un rayon de 30 kilomètres. Le cadre légal existe depuis 2018, les financements sont là, et les CFA sont de plus en plus nombreux à structurer leur offre. Reste la seule vraie condition : s'y prendre tôt, et demander. La question à poser dès la rentrée à votre référent CFA tient en une phrase — « Que faut-il pour que je parte au printemps ? »

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