« Mon CFA m'a dit que c'était impossible parce que j'ai un contrat de travail. » Cette réponse, des milliers d'apprentis l'entendent encore — alors que le Code du travail organise très précisément le départ à l'étranger depuis 2018.
En résumé : un apprenti peut effectuer une mobilité à l'étranger d'une durée maximale d'un an, dont au maximum quatre semaines hors de l'Union européenne, dans le cadre fixé par la loi n° 2018-771 du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel et les articles L. 6222-42 et suivants du Code du travail. Deux régimes coexistent : pour une mobilité inférieure ou égale à 4 semaines, le contrat d'apprentissage continue de s'appliquer — l'employeur français reste responsable, la rémunération est maintenue ; au-delà de 4 semaines, le contrat est « mis en veille » : l'entreprise ou l'organisme d'accueil étranger devient seul responsable des conditions de travail, et le salaire français peut être suspendu. Dans les deux cas, la période à l'étranger reste du temps de formation validé et n'allonge pas la durée du contrat. Le financement passe principalement par Erasmus+ (bourses gérées par l'agence Erasmus+ France / Éducation Formation), les aides des régions, et le fonds dédié géré par France compétences. Une convention type, publiée par arrêté, doit être signée par l'apprenti, l'employeur, le CFA et la structure d'accueil : sans elle, rien ne se fait.

Un apprenti a-t-il vraiment le droit de partir à l'étranger ?
Oui, et ce n'est pas une tolérance : c'est un droit inscrit dans la loi.
Avant 2018, le sujet était un casse-tête. Un apprenti est salarié : le faire travailler plusieurs mois dans une entreprise étrangère posait des questions insolubles de responsabilité, d'assurance et de couverture accident du travail. Beaucoup de CFA renonçaient par prudence. La loi Avenir professionnel a tranché en créant une section entière du Code du travail (articles L. 6222-42 à L. 6222-44) consacrée à la mobilité internationale des apprentis, complétée par le décret n° 2019-1086 du 24 octobre 2019 et une convention type annexée à un arrêté du même mois.
Le principe est simple : la période passée à l'étranger, en entreprise ou en centre de formation, est assimilée à du temps de formation ou de travail effectif. Elle compte pour l'obtention du diplôme, elle ne prolonge pas le contrat, et elle ne peut pas être requalifiée en interruption.
Trois publics sont concernés :
- les apprentis en contrat d'apprentissage, quel que soit le niveau du diplôme (du CAP au master) ;
- les alternants en contrat de professionnalisation, sous un régime voisin (article L. 6325-25) ;
- les stagiaires de la formation professionnelle inscrits en CFA sans contrat, via des dispositifs régionaux.
« La mobilité européenne des apprentis n'est plus une exception réservée à quelques établissements pionniers : c'est une composante normale du parcours de formation. » — Euro App Mobility, association reconnue d'intérêt général qui accompagne les CFA sur ces départs.
Concrètement, en 2026, la France reste très en retard sur ses voisins : selon les données publiées par le ministère du Travail et l'agence Erasmus+ France / Éducation Formation, moins de 3 % des apprentis partent à l'étranger pendant leur formation, contre plus de 10 % en Allemagne. Ce qui signifie une chose pour vous : la concurrence sur les bourses est faible. Les crédits Erasmus+ dédiés à l'enseignement et à la formation professionnels sont régulièrement sous-consommés.
Quelle différence entre une mobilité de 4 semaines et une mobilité longue ?
C'est la ligne de partage la plus importante du dispositif, et celle qui détermine votre salaire, votre couverture sociale et vos démarches.
La mobilité courte (jusqu'à 4 semaines) : le contrat continue
Pour une période inférieure ou égale à quatre semaines, le contrat d'apprentissage français s'applique intégralement. L'apprenti reste salarié de son employeur français, qui :
- continue de verser le salaire habituel ;
- reste responsable de la couverture accident du travail et maladie professionnelle ;
- conserve son pouvoir de direction, exercé à distance.
L'entreprise d'accueil étrangère n'a qu'un rôle d'accueil pédagogique. C'est de très loin la formule la plus simple : une convention, une carte européenne d'assurance maladie, et c'est parti. C'est aussi celle qu'il faut privilégier si vous êtes en CAP ou BTS avec un rythme serré et que vous ne pouvez pas vous absenter longtemps.
La mobilité longue (au-delà de 4 semaines) : la mise en veille
Au-delà de quatre semaines, on bascule dans la mise en veille du contrat. L'expression est celle du législateur, et elle décrit exactement ce qui se passe : le contrat n'est ni rompu, ni suspendu au sens classique — il est partiellement neutralisé.
Pendant cette période :
- seules certaines clauses continuent de s'appliquer : celles relatives à la durée du contrat, au diplôme préparé, et aux obligations réciproques de reprise à l'issue de la mobilité ;
- l'organisme d'accueil étranger devient seul responsable des conditions d'exécution du travail (durée, hygiène, sécurité, santé au travail, congés) ;
- l'employeur français peut cesser de verser la rémunération — c'est le point le plus mal compris, et il doit être écrit noir sur blanc dans la convention ;
- l'apprenti conserve sa protection sociale française au titre de l'article L. 6222-44, via une couverture spécifique prise en charge par l'État pour les accidents du travail survenus à l'étranger.
| Mobilité ≤ 4 semaines | Mobilité > 4 semaines | |
|---|---|---|
| Statut du contrat | Applicable en totalité | Mis en veille |
| Responsable des conditions de travail | Employeur français | Structure d'accueil étrangère |
| Rémunération | Maintenue par l'employeur | Peut être suspendue (à négocier) |
| Durée maximale | 4 semaines | 1 an (dont 4 semaines maxi hors UE) |
| Convention obligatoire | Oui | Oui, modèle spécifique |
| Prise en compte pour le diplôme | Oui | Oui |
Un conseil de terrain : négociez le maintien du salaire même en mobilité longue. Rien ne l'interdit, et de nombreuses entreprises — en particulier les grands groupes industriels ou les ETI exportatrices — acceptent, parce qu'elles ont tout intérêt à récupérer un alternant qui parle anglais, espagnol ou allemand en situation professionnelle. Mettez-le par écrit dans la convention.
Comment financer son départ concrètement ?
C'est la question qui bloque le plus de projets, et elle a plusieurs réponses cumulables.
Erasmus+, le socle
Le programme Erasmus+ couvre pleinement l'enseignement et la formation professionnels (EFP). Les bourses sont versées via votre CFA ou votre organisme de formation, à condition qu'il soit accrédité ou membre d'un consortium. Les montants, révisés chaque année dans le guide officiel du programme publié par la Commission européenne, se composent d'un forfait de soutien individuel (variable selon le pays de destination, généralement entre 30 et 90 € par jour pour les mobilités courtes, dégressif au-delà) et d'un forfait voyage calculé selon la distance.
Point crucial : vous ne postulez pas directement à Erasmus+. C'est votre établissement qui dépose la candidature. D'où la première question à poser à votre référent mobilité : « Notre CFA est-il accrédité Erasmus+ ou membre d'un consortium ? » Si la réponse est non, orientez-vous vers les dispositifs régionaux.
Les aides des régions
Toutes les régions financent des mobilités : Dispositif Mobilité internationale en Auvergne-Rhône-Alpes, Jeun'Est Mobilité dans le Grand Est, Ouest Mobilité en Bretagne… Les montants vont de 300 à 2 000 € selon la durée. Ces aides sont cumulables avec Erasmus+ dans la plupart des cas. Le service formation de votre conseil régional est l'interlocuteur.
Le fonds mobilité et les OPCO
Depuis la réforme du financement, une part des fonds gérés par France compétences peut abonder les frais annexes (visa, assurance, hébergement). Votre OPCO — celui dont dépend votre entreprise — dispose souvent d'une enveloppe dédiée, peu sollicitée. Demandez-la explicitement.
Ce qui reste à votre charge
Comptez le logement au-delà du forfait, les repas, et l'équipement. Sur ce point, un investissement modeste en amont évite les mauvaises surprises : une valise cabine rigide conforme aux dimensions des compagnies low cost épargne des suppléments bagages parfois supérieurs au prix du billet, et un adaptateur de prise universel est indispensable dès que l'on quitte la zone franco-belge. Pour les mobilités de plusieurs mois, une carte bancaire internationale sans frais — proposée par les néobanques — évite 2 à 3 % de commission sur chaque paiement.

Quelles démarches lancer, et dans quel ordre ?
La mobilité se prépare six à neuf mois à l'avance. Un départ visé pour le printemps 2027 se monte dès cette rentrée de septembre 2026.
- Parler au référent mobilité de votre CFA. Depuis la loi de 2018, chaque CFA doit désigner un référent mobilité (article L. 6231-2 du Code du travail). C'est votre point d'entrée obligatoire. S'il n'existe pas dans votre établissement, c'est déjà une information : signalez-le à la direction.
- Obtenir l'accord de principe de l'employeur. Sans lui, le projet s'arrête. Présentez-le comme un investissement : compétences linguistiques, ouverture sur des fournisseurs ou clients étrangers, montée en autonomie. Un document d'une page suffit.
- Identifier la structure d'accueil. Réseau du CFA, partenaires Erasmus+, entreprises du groupe si vous êtes chez un grand employeur, chambres de commerce franco-étrangères, ou plateformes de l'agence Erasmus+.
- Signer la convention type. Quatre signataires : apprenti (et représentant légal si mineur), employeur, CFA, structure d'accueil. Elle fixe les dates, les tâches, le régime de rémunération et les assurances.
- Régler la protection sociale. Carte européenne d'assurance maladie (gratuite, demandée sur le compte Ameli, à commander au moins 3 semaines avant), assurance responsabilité civile à l'étranger, et pour l'hors-UE une assurance rapatriement.
- Prévenir l'OPCO et déposer les demandes de bourse. Les calendriers Erasmus+ sont annuels : rater la fenêtre coûte un an.
Le dossier linguistique : le vrai facteur de réussite
Ce qui distingue une mobilité réussie d'une mobilité subie tient rarement à l'administratif. Il tient à la langue. La plateforme EU Academy (successeur d'OLS) offre gratuitement des tests et des cours en ligne à tous les bénéficiaires Erasmus+. En complément, travailler le vocabulaire technique de son métier compte davantage que la grammaire générale : un manuel d'anglais professionnel orienté métier, ou pour les départs en Allemagne — première destination des apprentis français — une méthode d'allemand pour débutants avec support audio, permettent d'arriver opérationnel. Six mois de vingt minutes quotidiennes changent la nature du séjour.
Quelles destinations et quels secteurs privilégier ?
Toutes les mobilités ne se valent pas. Quelques repères issus des bilans publiés par l'agence Erasmus+ France :
- Allemagne : référence absolue en apprentissage industriel, mécanique, logistique. Le système dual y est prestigieux et les entreprises accueillent volontiers.
- Espagne et Portugal : coût de la vie modéré, forte demande en hôtellerie-restauration, tourisme et commerce.
- Irlande et Malte : anglophones, très demandées pour le numérique et le tertiaire, mais logement cher — anticipez.
- Pays nordiques : excellents en énergie, bâtiment durable et santé, forfaits de bourse plus élevés.
- Hors UE : limité à 4 semaines, donc à réserver à des missions courtes et intenses (salons, audits, chantiers).
Un dernier point pratique, souvent négligé : la valorisation au retour. La mobilité doit figurer sur votre Europass Mobilité, document européen officiel et gratuit qui atteste des compétences acquises. Il se demande auprès de votre CFA avant le départ, pas après. Sur un CV, une ligne « 3 mois en atelier de maintenance industrielle à Stuttgart, dans le cadre du contrat d'apprentissage » pèse davantage que n'importe quelle mention. Prenez l'habitude, dès le premier jour, de consigner vos missions dans un carnet de notes à couverture rigide : au retour, ce sont ces détails concrets qui alimenteront votre soutenance et vos entretiens.
Et si l'employeur refuse ?
C'est le scénario le plus fréquent, et il n'existe pas de recours contentieux : la mobilité suppose l'accord de l'employeur, qui n'a pas à motiver un refus.
Trois leviers pour le faire évoluer :
- Proposer une mobilité courte (2 à 4 semaines) en période de moindre activité, pendant laquelle le contrat continue normalement — le risque perçu tombe presque à zéro.
- Faire intervenir le CFA. Un référent mobilité qui appelle l'entreprise et explique le cadre légal, la convention type et la couverture accident du travail lève 80 % des blocages, qui sont des blocages d'information.
- Documenter le retour sur investissement. Un apprenti en commerce international qui revient avec un carnet d'adresses de fournisseurs espagnols n'a plus besoin de justifier son absence.
Si le refus persiste, sachez qu'il n'a aucune incidence sur la validation de votre diplôme : la mobilité reste facultative dans la quasi-totalité des référentiels.
Pour aller plus loin sur les conditions financières de votre contrat, consultez notre simulateur de rémunération et la page des aides financières. Si votre projet de mobilité s'inscrit dans une recherche d'entreprise encore en cours, l'article Trouver une entreprise en alternance : la méthode qui marche donne les arguments à avancer dès l'entretien, et Vos premiers jours en alternance : réussir son intégration explique comment installer d'emblée une relation de confiance avec votre maître d'apprentissage — celle qui rendra un « oui » possible six mois plus tard.
Sources officielles à consulter : Code du travail (articles L. 6222-42 à L. 6222-44 et L. 6325-25), loi n° 2018-771 du 5 septembre 2018, décret n° 2019-1086 du 24 octobre 2019, guide du programme Erasmus+ de la Commission européenne, agence Erasmus+ France / Éducation Formation, ministère du Travail (page « Mobilité européenne et internationale des apprentis »), Euro App Mobility, service-public.fr et Ameli pour la carte européenne d'assurance maladie.