On vous a peut-être dit que l'alternance et l'international étaient incompatibles. C'est faux : depuis la loi du 5 septembre 2018, un apprenti peut passer jusqu'à un an à l'étranger, dans une entreprise ou un centre de formation, sans perdre son contrat ni son diplôme.
En résumé : tout apprenti ou salarié en contrat de professionnalisation peut effectuer une mobilité à l'étranger, d'une durée de quelques semaines à 1 an (dans la limite de la durée du contrat). Pour une mobilité de 4 semaines ou moins, le contrat français continue de s'appliquer et l'employeur reste responsable : c'est le régime de la mise à disposition. Au-delà de 4 semaines, le contrat est « mis en veille » : l'entreprise d'accueil étrangère devient seule responsable des conditions de travail, et l'employeur français suspend le versement du salaire — sauf s'il décide de le maintenir. Dans tous les cas, une convention de mobilité signée par l'apprenti, l'employeur français, le CFA et la structure d'accueil est obligatoire. Le financement passe principalement par Erasmus+, l'aide « mobilité internationale des apprentis » et les dispositifs régionaux. La période à l'étranger compte dans la durée du contrat et peut être validée dans le diplôme.
Qui peut partir, et pour combien de temps ?
La mobilité internationale est ouverte à tous les alternants, quel que soit le niveau de diplôme : CAP, bac pro, BTS, licence professionnelle, master, titre professionnel. Le Code du travail (articles L. 6222-42 et suivants) encadre deux situations.
| Durée de la mobilité | Régime juridique | Qui est responsable ? |
|---|---|---|
| ≤ 4 semaines | Mise à disposition | L'employeur français reste employeur |
| > 4 semaines (jusqu'à 1 an) | Mise en veille du contrat | La structure d'accueil à l'étranger |
Quelques repères concrets :
- La mobilité ne peut pas dépasser la durée du contrat : avec un contrat de 12 mois, impossible de partir un an entier.
- Pour une mobilité hors Union européenne, les règles du pays d'accueil s'appliquent et les démarches (visa, permis de travail, assurance) sont plus lourdes : comptez 4 à 6 mois de préparation.
- Les apprentis mineurs peuvent partir, mais la réglementation du pays d'accueil sur le travail des jeunes s'impose, et une autorisation parentale écrite est exigée.
Point souvent ignoré : la période à l'étranger compte dans la durée totale du contrat. Vous ne « perdez » pas de temps et votre date de fin de contrat reste la même.
Mise à disposition ou mise en veille : la différence qui change tout
C'est le point technique qu'il faut maîtriser avant de signer quoi que ce soit.
La mise à disposition (4 semaines maximum)
Votre contrat d'apprentissage français continue de s'exécuter normalement. Concrètement :
- votre employeur français continue de vous verser votre salaire ;
- il reste responsable des conditions d'exécution du travail (santé, sécurité, durée du travail) ;
- vous restez couvert par la législation française de sécurité sociale et par l'assurance accidents du travail de votre employeur ;
- la structure d'accueil ne fait que vous « accueillir » sur un poste.
C'est le format idéal pour une immersion courte : trois ou quatre semaines dans une filiale, un partenaire commercial ou un CFA européen.
La mise en veille (au-delà de 4 semaines)
Là, le mécanisme est différent. Le contrat français est suspendu pour la durée de la mobilité :
- l'entreprise ou l'établissement d'accueil devient seul responsable des conditions de travail, de la santé et de la sécurité ;
- la rémunération française n'est plus obligatoire : votre employeur peut la maintenir volontairement (c'est fréquent dans les grands groupes), ou arrêter de la verser ;
- la relation avec l'organisme d'accueil peut prendre la forme d'un contrat de travail local, d'une convention de stage ou d'un volontariat, selon le droit du pays ;
- les obligations de l'employeur français (cotisations, visite médicale, etc.) sont également suspendues.
Cette précision change radicalement votre budget. Si votre employeur ne maintient pas le salaire, il faut sécuriser une bourse avant de partir. On y revient plus bas.

La convention de mobilité : le document obligatoire
Aucune mobilité ne peut démarrer sans convention écrite. Ce n'est pas une formalité : c'est elle qui protège toutes les parties et qui conditionne la validation de la période dans votre diplôme.
Elle doit être signée par :
- vous (et votre représentant légal si vous êtes mineur) ;
- votre employeur français ;
- votre CFA ou organisme de formation français ;
- l'entreprise ou l'établissement de formation d'accueil à l'étranger ;
- le cas échéant, l'organisme intermédiaire qui coordonne la mobilité.
Un modèle de convention est mis à disposition par le ministère du Travail (arrêté du 22 janvier 2020) et relayé par Alternance.emploi.gouv.fr et le Centre Inffo. Elle doit mentionner au minimum :
- les dates de début et de fin de la mobilité ;
- l'objet de la mobilité et les compétences ou activités visées ;
- les modalités d'évaluation de la période à l'étranger ;
- la prise en charge des frais (voyage, hébergement, restauration) ;
- la couverture sociale et assurantielle retenue ;
- le régime applicable : mise à disposition ou mise en veille.
Conseil pratique : faites traduire la convention si l'organisme d'accueil ne lit pas le français, et gardez-en une copie numérique et une copie papier. Un classeur de rangement pour documents de voyage vous évitera de courir après votre convention, votre attestation d'assurance et votre carte européenne le jour de l'enregistrement.
Comment financer son départ ?
C'est la vraie question. Voici les leviers, du plus accessible au plus technique.
Erasmus+ : le socle du financement
Depuis 2014, l'apprentissage est pleinement intégré au programme Erasmus+, géré en France par l'Agence Erasmus+ France / Éducation Formation. La mobilité apprentis relève du volet « enseignement et formation professionnels » (EFP).
- Les mobilités courtes (10 à 89 jours) et longues (ErasmusPro, 90 à 365 jours) sont finançables.
- Les montants dépendent du pays de destination (groupes de coût de la vie) et couvrent le voyage, le séjour et parfois un soutien linguistique.
- Des compléments existent pour les publics à besoins spécifiques (situation de handicap, précarité) et pour la mobilité verte (train, bus plutôt qu'avion).
Point important : vous ne déposez pas la demande vous-même. C'est votre CFA, votre lycée professionnel ou un consortium qui porte le projet et dispose d'une accréditation. Première démarche à faire : demander à votre référent mobilité si votre établissement est accrédité Erasmus+. S'il ne l'est pas, il peut passer par un consortium régional.
L'aide « mobilité internationale des apprentis »
Dans de nombreuses régions, une aide spécifique complète Erasmus+ pour couvrir les frais résiduels : transport, logement, assurance complémentaire. Les montants et les conditions varient fortement d'une région à l'autre — renseignez-vous auprès du conseil régional et de votre CFA.
Les autres pistes
- Les OPCO : certains opérateurs de compétences financent des forfaits mobilité pour les alternants de leur branche.
- L'employeur : maintien total ou partiel du salaire, prise en charge du billet d'avion, logement via une filiale. Cela se négocie, et cela se négocie avant de signer la convention.
- Les programmes bilatéraux : l'Office franco-allemand pour la Jeunesse (OFAJ) finance des échanges professionnels avec l'Allemagne ; l'Office franco-québécois pour la jeunesse (OFQJ) fait de même avec le Québec.
- Les bourses de mobilité de l'enseignement supérieur si votre formation relève d'une université.
À budgéter malgré les aides : caution de logement, frais bancaires internationaux, carte SIM locale, premiers jours sur place. Prévoyez une réserve de 500 à 800 €.
Santé, protection sociale et assurances : ne partez pas sans ça
C'est le volet le plus négligé et le plus risqué.
Dans l'Union européenne, l'EEE et la Suisse
Demandez votre carte européenne d'assurance maladie (CEAM) sur votre compte Ameli ou à votre caisse primaire. Elle est gratuite, valable 2 ans, et doit être demandée au moins 15 jours avant le départ. Elle vous donne accès aux soins médicalement nécessaires dans le pays d'accueil aux mêmes conditions que les résidents locaux.
Attention : la CEAM ne couvre pas le rapatriement, ni la responsabilité civile, ni les frais non pris en charge par le régime local.
Hors Union européenne
Il faut vérifier l'existence d'une convention bilatérale de sécurité sociale (le Cleiss publie la liste et les formulaires). À défaut, deux options :
- l'adhésion volontaire à la Caisse des Français de l'étranger (CFE) ;
- une assurance privée couvrant soins, rapatriement et responsabilité civile.
Les accidents du travail
En mise à disposition, l'assurance accidents du travail de l'employeur français continue de jouer. En mise en veille, c'est le régime du pays d'accueil qui s'applique : vérifiez noir sur blanc dans la convention que vous êtes couvert, et complétez par une assurance individuelle si nécessaire. Une trousse de premiers secours de voyage compacte dans le sac à dos n'est pas un luxe quand on arrive dans un pays où l'on ne maîtrise pas encore le circuit de soins.

Et le diplôme ? La validation de la période à l'étranger
C'est l'inquiétude numéro un : « est-ce que je vais rater mon examen ? »
La réponse dépend de votre CFA et de votre référentiel de diplôme. Trois configurations possibles :
- La mobilité remplace une période en entreprise et les compétences acquises sont évaluées via la convention : c'est la situation la plus simple.
- La mobilité s'ajoute : vous rattrapez les cours à distance pendant ou après la période. Certains CFA proposent des modules en ligne et un tuteur dédié.
- La mobilité est intégrée au référentiel, notamment pour les diplômes à mention « mobilité » ou les unités facultatives de mobilité existant dans certains bacs professionnels et BTS.
Dans tous les cas, exigez par écrit du CFA :
- la liste des évaluations que vous allez manquer et les modalités de rattrapage ;
- le nom du référent mobilité et un canal de contact pendant le séjour ;
- les modalités d'évaluation de la période à l'étranger (grille de compétences, rapport, soutenance).
Pensez aussi à l'Europass Mobilité : ce document européen gratuit atteste officiellement de votre période de mobilité et de ce que vous y avez appris. Il fait son effet sur un CV. Un carnet de bord en langue étrangère tenu au quotidien vous aidera à nourrir votre rapport de mobilité et à ne rien oublier au moment de la soutenance.
Rétroplanning : quand faire quoi ?
| Échéance | Action |
|---|---|
| J-9 à J-6 mois | Parler du projet au CFA et à l'employeur, identifier l'accréditation Erasmus+ |
| J-6 mois | Trouver la structure d'accueil, chiffrer le budget, négocier le maintien du salaire |
| J-4 mois | Monter le dossier de bourse, démarches visa si hors UE |
| J-3 mois | Signer la convention de mobilité, caler le rattrapage pédagogique |
| J-2 mois | Logement, billets, assurance, CEAM, remise à niveau linguistique |
| J-1 mois | Compte bancaire / carte sans frais, copies numériques des documents, vaccins éventuels |
| Pendant | Tenir le carnet de bord, points réguliers avec le référent CFA |
| Au retour | Rapport de mobilité, Europass, mise à jour du CV |
Sur la préparation linguistique, deux mois de travail régulier suffisent souvent à passer du niveau « scolaire » au niveau « opérationnel » : une méthode de langue avec audio vingt minutes par jour fait plus de différence qu'un stage intensif de trois jours juste avant le départ. Et pour les trajets, un adaptateur de prise universel évite la panne de téléphone le soir de l'arrivée.
Les erreurs à éviter
- Partir sans convention signée. Sans elle, la période n'est ni couverte ni validable : vous êtes officiellement absent de votre contrat.
- Supposer que le salaire continue. En mise en veille, il s'arrête sauf accord explicite de l'employeur. Faites-le écrire.
- Oublier la responsabilité civile. Beaucoup de structures d'accueil l'exigent avant de signer.
- Négliger le logement. Dans les grandes villes européennes, les délais sont longs. Les résidences partenaires des CFA et les plateformes de logement jeunes (dont le réseau Eurodesk et les points Info Jeunes) sont des entrées utiles.
- Attendre la dernière année. Les CFA privilégient souvent la deuxième année de contrat, quand les bases métier sont acquises et que l'examen n'est pas imminent.
Ce que la mobilité apporte vraiment
Au-delà de la ligne sur le CV, les retours d'expérience collectés par l'Agence Erasmus+ France et par les CFA convergent : gain d'autonomie, progression linguistique rapide, découverte d'autres organisations du travail, et un effet net sur l'employabilité. Pour un alternant visant un poste dans un groupe international, une logistique, une industrie exportatrice ou l'hôtellerie-restauration, c'est un différenciateur concret.
Le plus difficile n'est pas la langue ni l'administratif : c'est d'oser en parler à son employeur et à son CFA. Beaucoup d'entreprises n'y pensent tout simplement pas, et acceptent dès lors que le projet est cadré, chiffré et qu'il ne désorganise pas le service. Arrivez avec un dossier d'une page : dates, structure d'accueil, financement envisagé, bénéfices pour l'entreprise. C'est souvent ce qui fait basculer la réponse.
Où se renseigner
- Alternance.emploi.gouv.fr — modèle de convention et cadre légal.
- Agence Erasmus+ France / Éducation Formation — financements et accréditations.
- Centre Inffo — fiches techniques sur la mobilité des apprentis.
- Cleiss — conventions bilatérales de sécurité sociale.
- Ameli — demande de carte européenne d'assurance maladie.
- OFAJ et OFQJ — échanges professionnels avec l'Allemagne et le Québec.
- Europass (Commission européenne) — attestation de mobilité.