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Partir à l'étranger en alternance en 2026 : le guide Erasmus+

Vous êtes en alternance et vous rêvez d'une expérience à l'étranger ? C'est possible sans renoncer à votre contrat, et le cadre a été nettement simplifié par la loi « pour un Erasmus de l'apprentissage ». Voici ce que dit le droit, comment financer le départ et dans quel ordre faire les démarches.

En résumé : depuis la loi n° 2023-1267 du 27 décembre 2023, tout apprenti — et tout alternant en contrat de professionnalisation — peut effectuer une partie de son contrat à l'étranger, dans ou hors de l'Union européenne, pour un an maximum et jamais plus de la moitié de la durée du contrat. La convention de mobilité choisit entre la mise à disposition (le contrat français continue, l'employeur paie le salaire) et la mise en veille (la structure d'accueil devient seule responsable, selon le droit local), quelle que soit la durée du séjour. Le financement passe surtout par Erasmus+ via votre CFA (10 à 89 jours en mobilité courte, 90 jours à un an en ErasmusPro), complété par la région ou l'OPCO. Comptez 4 à 6 mois de préparation, en commençant par le référent mobilité de votre CFA.

Qui peut partir à l'étranger pendant son alternance ?

Le principe est inscrit dans le Code du travail : l'article L6222-42 pour le contrat d'apprentissage, l'article L6325-25 pour le contrat de professionnalisation, tous deux réécrits par la loi du 27 décembre 2023 et précisés par le décret n° 2024-1148 du 4 décembre 2024. Ils s'appliquent à tous les niveaux de diplôme, du CAP au master.

Les règles à retenir :

  • Durée : la période à l'étranger ne peut excéder un an, ni la moitié de la durée totale du contrat. Sur un contrat de 12 mois, vous pouvez donc partir 6 mois au plus ; sur un contrat de 24 mois, jusqu'à 12 mois.
  • Destination : un pays de l'Union européenne ou un pays tiers.
  • Lieu d'accueil : une entreprise, un centre de formation, ou les deux successivement.
  • Accord de l'employeur : indispensable. Il n'existe pas de droit opposable à la mobilité.
  • Apprenti mineur : le départ reste possible, avec l'autorisation des représentants légaux et dans le respect des règles locales sur le travail des jeunes.

La mobilité n'est plus réservée aux étudiants des grandes écoles : un apprenti en CAP, en BTS ou en licence professionnelle peut, lui aussi, ajouter une expérience internationale à son parcours.

Mise à disposition ou mise en veille : quel régime choisir ?

C'est le point clé. Jusqu'à la loi de décembre 2023, la mise à disposition était limitée aux séjours de 4 semaines au plus, et la mise en veille obligatoire au-delà. Ce seuil a disparu : la convention choisit librement l'un ou l'autre régime, quelle que soit la durée.

CritèreMise à dispositionMise en veille
Contrat françaisContinue de s'exécuterMis en veille, sans être rompu
SalaireVersé par l'employeur françaisRelève de la structure d'accueil, selon le droit local
Conditions de travailEncadrées par la structure d'accueil, l'employeur reste responsableStructure d'accueil seule responsable (durée du travail, sécurité, repos, jours fériés)
Protection socialeFrançaise, maintenue par l'employeurSécurité sociale du pays d'accueil ; à défaut de statut de salarié sur place, régime français (assurance volontaire hors UE)
Usage typiqueSéjours courts, mobilités intra-groupeSéjours longs dans une entreprise qui rémunère l'apprenti

Dans les deux cas, le contrat n'est ni rompu ni prolongé, et le CFA reste responsable du suivi pédagogique. Tout est formalisé dans une convention de mobilité signée par l'apprenti (et ses représentants légaux s'il est mineur), l'employeur, le CFA et la structure d'accueil. Elle fixe les dates, les lieux, les tâches confiées, le rythme de travail et les congés et, hors Union européenne, les engagements en matière de prévention des risques. Deux versions allégées existent : sans signature de l'entreprise étrangère si elle garantit par écrit des conditions d'accueil équivalentes, et sans signature de l'organisme de formation étranger s'il est partenaire de votre CFA.

Groupe de jeunes devant la porte de Brandebourg à Berlin, illustrant une mobilité européenne d'apprentis

Comment financer sa mobilité en 2026 ?

Erasmus+, le socle du financement

Erasmus+ ne concerne pas que les étudiants : son volet enseignement et formation professionnels vise précisément les apprentis. En France, il est géré par l'Agence Erasmus+ France / Éducation Formation. Point essentiel : vous ne candidatez pas seul. C'est votre CFA, accrédité Erasmus+ ou membre d'un consortium (souvent porté par une région ou une chambre consulaire), qui obtient les fonds et sélectionne les participants.

Format Erasmus+Durée sur place
Mobilité individuelle courte10 à 89 jours
Mobilité longue (ErasmusPro)90 jours à 1 an
Mobilité de groupe2 à 30 jours

La bourse est une contribution, pas un salaire de remplacement. Elle comprend :

  • un forfait de séjour journalier, modulé selon le coût de la vie du pays (le guide du programme fixe des fourchettes, de 48 à 127 € par jour pour les pays les plus chers ; l'agence nationale arrête le taux exact) ;
  • une aide au voyage calculée selon la distance, majorée en cas de transport écoresponsable ;
  • un soutien linguistique en ligne gratuit (OLS) ;
  • un soutien à l'inclusion pour les participants en situation de handicap ou ayant moins d'opportunités.

Erasmus+ finance d'abord les pays participants au programme (les 27 pays de l'UE, l'Islande, le Liechtenstein, la Norvège, la Macédoine du Nord, la Serbie et la Turquie). Pour le Royaume-Uni ou le Canada, les possibilités sont plus limitées : les autres financeurs prennent alors le relais.

Les autres sources cumulables

  • La région : la plupart des conseils régionaux proposent une aide à la mobilité internationale des apprentis (montants et conditions variables).
  • L'OPCO : le Code du travail (art. L6332-14) l'autorise à prendre en charge la perte de ressources, les frais et, le cas échéant, la rémunération liés à la mobilité hors de France. Chaque OPCO fixe ses forfaits : demandez-les avant le départ, jamais rétroactivement.
  • Les programmes bilatéraux : ProTandem et l'OFAJ pour l'Allemagne, l'OFQJ pour le Québec.
  • L'employeur, notamment pour une mobilité dans une filiale du groupe.

Prévoyez une trésorerie personnelle : la bourse est souvent versée en deux fois, avec un solde au retour, alors que la caution et le premier loyer tombent dès l'arrivée. Faites le tour des aides financières mobilisables et estimez votre budget avec notre simulateur de rémunération.

Quelles démarches, et dans quel ordre ?

Chaque CFA doit nommer un personnel dédié à la mobilité (article L6231-2 du Code du travail), souvent appelé référent mobilité : c'est votre point d'entrée. Le rétroplanning conseillé :

ÉchéanceAction
J-6 moisRendez-vous avec le référent mobilité, vérifier l'accréditation Erasmus+ et le calendrier d'examens
J-5 moisCibler le pays et la structure d'accueil, en parler au maître d'apprentissage
J-4 moisObtenir l'accord écrit de l'employeur, choisir le régime, déposer les demandes de bourse (CFA, région, OPCO)
J-3 moisSigner la convention de mobilité avec les objectifs pédagogiques et les modalités d'évaluation
J-2 moisLogement, assurance responsabilité civile et rapatriement, visa hors UE
J-1 moisCarte européenne d'assurance maladie (CEAM), préparation linguistique, copies numériques des documents
RetourBilan avec le tuteur, Europass Mobilité, mise à jour du CV

Quelques précisions utiles :

  • la CEAM se demande gratuitement sur votre compte Ameli, au moins deux semaines avant le départ ; elle couvre les soins médicalement nécessaires dans l'UE, l'Espace économique européen, en Suisse et au Royaume-Uni ;
  • en mise à disposition dans un autre pays européen, l'employeur demande en principe un certificat de détachement (formulaire A1) pour maintenir votre affiliation à la Sécurité sociale française ;
  • hors d'Europe, une assurance santé et rapatriement privée est indispensable, et les délais de visa allongent la préparation de plusieurs mois.

Comment convaincre son employeur ?

C'est souvent le vrai verrou : votre employeur voit d'abord votre absence. Trois arguments fonctionnent.

  1. Une compétence ciblée : ne dites pas « je veux découvrir l'Espagne », dites « je veux observer la gestion des stocks de notre partenaire de Barcelone pour la transposer ici ».
  2. Un calendrier intelligent : proposez une période creuse, jamais la haute saison, et hors des semaines d'examen.
  3. Un livrable au retour : rapport, benchmark, amélioration d'un process. C'est ce qui transforme votre absence en investissement.

Arrivez avec un dossier écrit (objectifs, dates, financement, assurances) et préparez l'échange comme un entretien : nos conseils pour réussir son entretien en alternance s'appliquent. En cas de refus, proposez une mobilité courte de deux ou trois semaines : elle sert souvent de test avant un départ plus long en deuxième année.

Quelles erreurs éviter ?

  • Partir sans convention signée : en cas d'accident, la situation devient inextricable.
  • Chevaucher une session d'examen ou la soutenance : le CFA refusera, à juste titre.
  • Oublier les objectifs pédagogiques : sans acquis définis et évalués, la période risque de ne pas être reconnue dans votre parcours.
  • Sous-estimer le budget : dans les capitales du nord de l'Europe, la bourse couvre rarement tout le logement.
  • Négliger la couverture sociale : faites préciser par écrit, dans la convention, qui couvre la maladie et les accidents du travail.

Votre CFA n'est pas accrédité Erasmus+ ? Ce n'est pas rédhibitoire : il peut rejoindre un consortium régional, et les aides de la région, de l'OPCO ou des offices bilatéraux restent accessibles.

Que rapporte une mobilité, et que faire au retour ?

Au retour, demandez votre Europass Mobilité, un document européen gratuit qui décrit les compétences acquises à l'étranger, et faites le bilan avec votre maître d'apprentissage. Une langue pratiquée en situation professionnelle et une vraie preuve d'autonomie pèsent lourd au moment de décrocher un contrat ou de bien choisir son alternance pour la suite.

Vous voulez plutôt signer directement avec une entreprise suisse, luxembourgeoise ou allemande ? C'est un autre montage, détaillé dans notre guide pour postuler dans une entreprise frontalière. Et si vous hésitez encore sur votre orientation, explorez les métiers de l'alternance avant de viser l'international.

La mobilité internationale n'est plus un luxe réservé à quelques-uns : c'est un droit encadré, financé et ouvert à tous les alternants. Le seul vrai prérequis, c'est l'anticipation.

Questions fréquentes

Un apprenti peut-il partir à l'étranger pendant son contrat ?

Oui. Le contrat d'apprentissage comme le contrat de professionnalisation peuvent être exécutés en partie à l'étranger, dans ou hors de l'Union européenne (articles L6222-42 et L6325-25 du Code du travail). La période à l'étranger ne peut dépasser ni un an, ni la moitié de la durée totale du contrat, et suppose l'accord de l'employeur.

Que devient le salaire de l'apprenti pendant la mobilité ?

Tout dépend du régime prévu par la convention. En mise à disposition, le contrat français continue : l'employeur verse le salaire et maintient la protection sociale. En mise en veille, la structure d'accueil devient seule responsable des conditions de travail, y compris de la rémunération, selon le droit du pays d'accueil. La bourse Erasmus+ vient en complément.

Combien de temps peut durer une mobilité Erasmus+ d'apprenti ?

Erasmus+ finance des mobilités individuelles courtes de 10 à 89 jours et des mobilités longues, dites ErasmusPro, de 90 jours à un an. Il faut aussi respecter la limite légale : pas plus d'un an, ni plus de la moitié de la durée du contrat.

Comment obtenir une bourse Erasmus+ quand on est apprenti ?

On ne candidate pas seul : c'est le CFA, accrédité Erasmus+ ou membre d'un consortium, qui obtient les fonds et sélectionne les apprentis. La bourse comprend un forfait de séjour par jour selon le pays, une aide au voyage selon la distance et, si besoin, un soutien à l'inclusion. Elle se cumule souvent avec les aides de la région ou de l'OPCO.

Faut-il l'accord de l'employeur pour partir ?

Oui. Il n'existe pas de droit opposable à la mobilité : la convention est signée par l'apprenti, l'employeur, le CFA et la structure d'accueil. Une demande précise (dates en période creuse, objectifs, financement, livrable au retour) a beaucoup plus de chances d'aboutir.

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