Chaque été, c'est la même question qui revient sur les groupes d'apprentis : « Mon entreprise ferme en août, je fais comment ? » Entre la durée maximale de fermeture, les congés payés acquis, les congés par anticipation et le célèbre « droit aux 30 jours » des moins de 21 ans, beaucoup d'apprentis découvrent — souvent trop tard — qu'ils n'ont pas posé les bonnes questions au bon moment.
En résumé : quand l'entreprise ferme pour les congés annuels, l'apprenti bénéficie des mêmes règles que n'importe quel salarié : 2,5 jours ouvrables de congés par mois, 24 jours ouvrables maximum de fermeture imposée, et un droit à 30 jours pour les moins de 21 ans. Si vous n'avez pas assez de congés acquis, l'employeur peut accepter des congés par anticipation, mais ne peut pas vous imposer un congé sans solde sans votre accord, ni vous envoyer au CFA « pour compenser ».
Que dit le Code du travail sur la fermeture annuelle ?
La fermeture annuelle pour congés payés est encadrée par les articles L3141-1 et suivants du Code du travail. Trois règles-clés s'imposent à l'employeur, qu'il s'agisse d'un apprenti ou d'un salarié classique :
- Durée maximale de fermeture imposée : 24 jours ouvrables consécutifs. Au-delà, l'accord du salarié est obligatoire.
- Prévenance minimale : l'employeur doit informer les salariés au moins un mois à l'avance de la période de fermeture et des jours de congés qu'il impose.
- Référence aux congés acquis : la fermeture ne peut pas, en principe, excéder le nombre de jours de congés que les salariés ont acquis à la date de fermeture.
« L'employeur qui impose la fermeture annuelle ne peut pas, en contrepartie, demander aux salariés de rattraper les heures non travaillées. » — Article L3141-1 du Code du travail, principe rappelé par la Cour de cassation (Soc. 12 juillet 2006, n°05-41.529).
Pour un apprenti, ces règles s'appliquent intégralement : le Code du travail précise en L6222-23 que l'apprenti est un salarié à part entière bénéficiant des mêmes droits que les autres employés.
Comment ça se passe concrètement pour votre paie en août ?
Tout dépend du nombre de jours de congés que vous avez acquis à la date de fermeture. Voici les quatre cas de figure, du plus favorable au plus compliqué :
| Situation | Effet sur la paie | Action attendue |
|---|---|---|
| Vous avez acquis 30 jours ou plus | Salaire normal maintenu pendant toute la fermeture | Aucune démarche |
| Vous avez acquis entre 24 et 29 jours | Salaire normal sur les jours acquis, congé sans solde à demander (ou refus possible) | Accord écrit de l'employeur |
| Vous avez acquis moins de 24 jours | Salaire normal sur les jours acquis, congé par anticipation proposé par l'employeur | Réponse écrite sous 7 jours |
| Vous avez moins de 21 ans | Droit à 30 jours, dont jours non rémunérés au-delà de l'acquis | Demander par mail au maître d'apprentissage |
Le point le plus souvent oublié : les 5 jours de congé pour réviser les examens (article L6222-35) ne se posent pas pendant la fermeture annuelle de l'entreprise — ils se prennent dans le mois qui précède les épreuves, et c'est un autre compteur. Pour le détail des jours disponibles, vous pouvez revoir notre dossier complet sur les congés de l'apprenti en 2026.
Le piège des « congés par anticipation »
C'est l'un des sujets les plus mal compris par les apprentis. Le congé par anticipation, c'est simple sur le papier : votre employeur vous laisse poser plus de jours que vous n'en avez acquis, et il déduira ces jours de vos droits futurs (ou de votre solde de tout compte en fin de contrat).
Mais la prudence s'impose, pour deux raisons :
- L'employeur n'est jamais obligé d'accepter. C'est une mesure de faveur : il peut tout à fait vous imposer un congé sans solde, ou vous proposer un aménagement (télétravail chez un proche, mission chez un partenaire).
- Signer sans vérifier, ça peut coûter cher. Si vous quittez l'entreprise avant d'avoir acquis les jours avancés, l'employeur peut légalement demander la récupération des sommes versées sur votre solde de tout compte. C'est rare, mais ça arrive.
L'autre piège, plus subtil : certains employeurs vous demandent de poser tous vos jours de révision d'examen pendant la fermeture d'été. C'est illégal — les 5 jours de révision sont réservés au mois précédant les épreuves, et l'employeur n'a pas le droit de vous les faire utiliser à d'autres fins.

Moins de 21 ans : votre droit à 30 jours, même sans les avoir acquis
C'est l'un des droits les plus avantageux du Code du travail pour les jeunes apprentis, et il est encore largement méconnu. L'article L3164-9 précise en effet que les salariés et apprentis de moins de 21 ans au 30 avril de l'année précédente peuvent demander à bénéficier de 30 jours ouvrables de congés, même s'ils n'ont pas encore acquis la totalité de ces droits.
Concrètement, un apprenti de 19 ans embauché en février 2026 peut demander 30 jours de congés payés pour l'été 2026, alors qu'il n'aura acquis que 15 à 18 jours à la date de fermeture. Les jours non acquis ne sont pas rémunérés — c'est l'unique contrepartie — mais l'employeur ne peut pas vous les refuser s'ils rentrent dans la période de fermeture.
Pour un apprenti entré en mars, 30 jours de fermeture = environ 12 jours non rémunérés sur la feuille de paie d'août. À anticiper dans son budget.
C'est un levier à connaître quand on débute : il permet de profiter de l'été sans mettre en péril la trésorerie du mois d'août, à condition d'avoir épargné en parallèle.
Et si l'entreprise ferme plus de 24 jours ?
Cas concret : une PME du BTP ou un cabinet d'expertise comptable qui ferme du 25 juillet au 25 août — soit environ 24 jours ouvrables, dans la limite légale. Mais certaines structures ferment 5 semaines pleines, du 1er août au 31 août, voire 6 semaines. Au-delà de 24 jours ouvrables :
- L'employeur doit obtenir votre accord écrit pour la période excédentaire.
- Si vous refusez, il doit vous proposer un aménagement : travail sur un autre site, mission chez un client, télétravail, ou jours de RTT.
- En dernier recours, si l'employeur ne trouve aucune solution et que vous êtes dans l'impossibilité de travailler, le contrat est suspendu sans retenue de salaire (mais sans maintien non plus).
Pour les apprentis, la question se pose rarement en ces termes : la plupart des entreprises ferment 3 à 4 semaines, et le calendrier est calé sur les périades de CFA (généralement moins chargées en juillet et en août). Mais dans les entreprises qui font le choix de fermer longtemps, anticipez.
Le cas particulier du CFA fermé aussi
C'est l'une des situations les plus piégeuses de l'été : à la fois l'entreprise et le CFA ferment au même moment. Concrètement, vous êtes « coincé » entre deux fermetures, et la question du salaire se pose différemment.
Premier cas : les deux fermetures se chevauchent et totalisent plus de 30 jours ouvrables. L'employeur peut vous demander de poser des congés pendant cette période, mais il ne peut pas vous imposer plus de 24 jours consécutifs. Le reliquat ouvre droit à un congé sans solde, à des jours de RTT, ou à une formation à distance si le CFA la propose.
Second cas : l'entreprise reste ouverte mais le CFA est fermé. C'est le cas le plus simple : vous continuez à travailler en entreprise, votre salaire est maintenu normalement, et la convention collective ou l'accord d'entreprise peut prévoir une prime de « rattrapage » pour les jours de CFA non récupérés.
Pour les apprentis du BTP, en cas de fermeture simultanée et de canicule, vous pouvez aussi cumuler avec le chômage-intempéries (75 % du brut) : c'est ce que nous détaillons dans notre dossier apprenti et canicule en 2026.
Que faire si la fermeture se passe mal ?
Si votre employeur vous impose une fermeture sans respecter le mois de prévenance, vous met en congé sans solde sans votre accord, ou refuse votre demande de 30 jours alors que vous avez moins de 21 ans, vous avez plusieurs leviers — dans l'ordre :
- Vérifier votre compteur de congés sur le bulletin de paie ou l'espace salarié : c'est la première pièce à maîtriser.
- Envoyer un mail au maître d'apprentissage et au service RH, en rappelant l'article L3141-1 du Code du travail. Garder une trace écrite est essentiel.
- Saisir le CFA : la majorité des CFA ont un coordinateur pédagogique qui peut intervenir en cas de tension avec l'entreprise, surtout en période de fermeture.
- Contacter l'inspection du travail via la DREETS de votre région : en cas de fermeture abusive ou de retenue de salaire, la saisine est possible de manière anonyme.
- Saisir le Conseil de prud'hommes en dernier recours, si la perte de salaire est avérée et que l'employeur refuse toute solution amiable.
Pour les apprentis qui se demandent comment s'organiser au moment de la rentrée, notre simulateur de rémunération permet de recalculer la paie en intégrant les jours de congés acquis, les jours posés, et l'impact des fermetures annuelles. Utile pour anticiper la trésorerie de l'été — et pour vérifier qu'aucune retenue n'a été appliquée à tort.
Trois réflexes à garder avant le 31 juillet
- Demander par écrit la période exacte de fermeture à votre employeur (date de début, date de fin, jours de ponts inclus), avec accusé de réception. C'est la pièce qui fait foi en cas de litige.
- Vérifier votre solde de congés sur le dernier bulletin de paie : les jours acquis, les jours pris, les jours restants. En cas d'écart, le signaler immédiatement.
- Anticiper les jours non rémunérés si vous avez moins de 21 ans et que vous demandez 30 jours : mettre de côté l'équivalent d'une à deux semaines de salaire pour ne pas être à découvert début septembre.
L'été est fait pour souffler, mais pas pour perdre ses droits. Une fermeture annuelle bien préparée, c'est un apprenti qui démarre septembre sereinement — et qui arrive au CFA sans mauvaise surprise sur la fiche de paie.