Deux jours en entreprise à 35 km, trois jours au CFA à l'autre bout de l'agglomération : pour beaucoup d'alternants, le premier poste de dépense n'est ni le loyer ni les livres, c'est le transport. Une bonne partie de cette facture n'a pourtant pas à rester à votre charge.
En résumé : un alternant, apprenti ou en contrat de professionnalisation, est un salarié. Son employeur doit donc prendre en charge au moins 50 % de son abonnement de transports publics ou de vélo en libre-service (tarif 2e classe, trajet le plus court), dès le premier mois et sur justificatif. Le reste est facultatif : la prime carburant, exonérée jusqu'à 600 € par an en 2026 (au lieu de 300 €), le forfait mobilités durables (vélo, covoiturage, trottinette), exonéré jusqu'à 600 € par an et 900 € en cumul avec l'abonnement, ou la prise en charge d'un abonnement distinct pour le CFA. Les déplacements professionnels faits avec votre propre voiture, eux, doivent être remboursés, en général au barème kilométrique. Enfin, l'aide de 500 € au permis des apprentis est supprimée depuis février 2026.
L'employeur doit-il rembourser l'abonnement de transport d'un alternant ?
Oui. Ce n'est ni un avantage ni un geste commercial, mais une obligation posée par le Code du travail :
« L'employeur prend en charge, dans une proportion et des conditions déterminées par voie réglementaire, le prix des titres d'abonnements souscrits par ses salariés pour leurs déplacements entre leur résidence habituelle et leur lieu de travail […]. » — Article L. 3261-2 du Code du travail
Le taux minimal est fixé à 50 % par l'article R. 3261-1, calculé sur le tarif de 2e classe et le trajet le plus court. Ce qu'il faut savoir :
- Seuls les abonnements comptent : hebdomadaire, mensuel ou annuel (Navigo, TER, réseau urbain, car interurbain), ainsi que les services publics de location de vélos (Vélib', Vélo'v…). Les tickets à l'unité et les carnets ne sont pas couverts.
- Aucune condition d'âge, d'ancienneté ni de salaire : un apprenti de 17 ans y a droit dès son premier mois, période d'essai comprise, exactement comme un salarié en contrat de professionnalisation.
- La somme est exonérée de cotisations sociales et d'impôt sur le revenu : elle s'ajoute à votre salaire net.
- L'employeur peut aller plus loin : en 2026, une prise en charge jusqu'à 75 % de l'abonnement reste exonérée.
Et si je travaille à temps partiel ?
Si vous travaillez au moins à mi-temps, vous avez droit à la même prise en charge qu'un salarié à temps plein. En dessous d'un mi-temps, elle est proratisée selon les heures travaillées (article R. 3261-9). En pratique, la quasi-totalité des contrats d'alternance sont à temps plein, puisque les heures de formation comptent dans le temps de travail : vous touchez donc les 50 % pleins.
Comment se faire rembourser concrètement ?
Le remboursement n'est jamais automatique. Il faut le demander et le justifier :
- Souscrivez un abonnement à votre nom : un titre au nom d'un parent ne sera pas pris en charge.
- Transmettez le justificatif au service RH ou paie (attestation, facture, capture de l'espace client), idéalement avant la clôture de la paie du mois.
- Contrôlez votre bulletin : la somme apparaît sur une ligne distincte du type « remboursement transport ». Elle doit être versée au plus tard à la fin du mois suivant celui pour lequel le titre a été validé.
- Renouvelez la preuve à chaque nouvel abonnement ou à la demande de l'employeur.
Classez tout dès le premier mois : une pochette à soufflets pour les justificatifs ou un dossier numérique vous évitera de courir après une facture de septembre en avril.
Les trajets vers le CFA sont-ils pris en charge ?
La réponse dépend de votre abonnement. Pour un apprenti, le temps passé au CFA est du temps de travail (article L. 6222-24 du Code du travail) : les semaines de cours ne justifient donc pas, à elles seules, de suspendre le remboursement d'un abonnement que vous continuez d'utiliser. En revanche, les textes visent le trajet entre la résidence habituelle et le lieu de travail ; ils ne prévoient pas explicitement le cas d'un second abonnement réservé au CFA.
| Situation | Qui paie ? |
|---|---|
| Un seul abonnement couvre l'entreprise et le CFA | L'employeur, 50 % minimum, y compris pendant les semaines de cours |
| CFA hors zone, abonnement ou billets distincts | Pas d'obligation explicite : à négocier, sauf si votre convention collective ou un accord d'entreprise le prévoit |
| Déplacement demandé par l'employeur (autre site, formation, client) | L'employeur, au titre des frais professionnels |
| Hébergement et restauration pendant les périodes au CFA (apprentis) | Un forfait de l'OPCO, versé au CFA |
Deux pistes à creuser si votre CFA est éloigné :
- Les frais annexes financés par l'OPCO. Pour les apprentis, l'opérateur de compétences de la branche verse au CFA un forfait pour l'hébergement et la restauration. Cet argent n'arrive pas sur votre compte, mais il doit alléger ce que le CFA vous facture pour l'internat ou les repas : demandez le détail au service administratif.
- Les aides des régions et du CFA. Certaines régions financent le transport des apprentis (tarifs réduits sur les TER, aides au déplacement ou à l'hébergement) et de nombreux CFA disposent d'un fonds social. Les noms, montants et dates limites varient : consultez le site de votre conseil régional et interrogez votre référent dès la rentrée.
Je viens en voiture : à quoi ai-je droit ?
Deux situations à ne pas confondre : le trajet domicile-travail, en principe à votre charge, et les déplacements professionnels, qui doivent être remboursés.
Quel est le montant de la prime carburant en 2026 ?
Prévue à l'article L. 3261-3 du Code du travail, la prise en charge des frais de carburant ou de recharge électrique est facultative : l'employeur la met en place par accord ou par décision unilatérale, pour tous les salariés concernés, alternants compris. Plafonds d'exonération :
- régime normal : 300 € par an pour le carburant, 600 € par an pour un véhicule électrique, hybride rechargeable ou à hydrogène ;
- mesure exceptionnelle 2026 : pour les primes versées jusqu'au 31 décembre 2026, le plafond carburant passe à 600 € par an, et deux conditions sont suspendues, à savoir habiter ou travailler hors d'une zone desservie par les transports en commun, et ne pas cumuler avec le remboursement de l'abonnement.
Concrètement, en 2026, un alternant qui prend le train une partie de la semaine et sa voiture le reste du temps peut cumuler les 50 % de son abonnement et une prime carburant. Un relèvement du plafond à 1 000 € a été annoncé le 22 septembre 2026, mais aucun texte n'était publié au 3 octobre 2026 : tant que ce n'est pas le cas, le plafond reste de 600 €.
Trajet domicile-travail ou déplacement professionnel ?
Dès que votre employeur vous demande d'utiliser votre véhicule pour une mission (chantier, client, autre site, salon), il s'agit de frais professionnels : ils doivent vous être remboursés sur note de frais, soit au réel (carburant, péages, stationnement), soit en indemnités kilométriques. Le barème kilométrique fiscal, que l'Urssaf admet comme référence, n'a pas été revalorisé (il est identique depuis les revenus 2022) : jusqu'à 5 000 km par an, 0,606 €/km pour une voiture de 4 CV et 0,636 €/km pour une 5 CV, avec une majoration de 20 % pour un véhicule électrique.
Deux réflexes : tenir un carnet de suivi kilométrique dans la boîte à gants, et vérifier que votre assurance couvre l'usage professionnel du véhicule. Tous les cas de remboursement (repas, missions, télétravail) sont détaillés dans notre article sur les frais professionnels de l'alternant.
Et les frais réels sur la déclaration d'impôts ?
Pour un apprenti, l'intérêt est souvent limité : son salaire est exonéré d'impôt dans la limite du montant annuel du SMIC (21 622 € pour les revenus 2025), et ses frais réels ne sont déductibles qu'au prorata de la part imposable de son salaire. Un alternant en contrat de professionnalisation, imposable normalement, peut en revanche avoir intérêt à déduire ses trajets au barème kilométrique (dans la limite de 40 km par trajet, sauf circonstances particulières). Le détail du calcul figure dans notre guide sur la déduction des frais réels en alternance.
Le forfait mobilités durables : vélo, covoiturage, trottinette
Créé par la loi d'orientation des mobilités de 2019 (article L. 3261-3-1 du Code du travail), le forfait mobilités durables (FMD) permet à l'employeur de financer les trajets domicile-travail effectués avec un mode de déplacement « propre » :
- vélo personnel, y compris à assistance électrique ;
- covoiturage, comme conducteur ou comme passager ;
- trottinette ou autre engin de déplacement personnel, et engins en libre-service (vélos, trottinettes, scooters électriques) ;
- autopartage de véhicules peu polluants ;
- transports publics hors abonnement (tickets à l'unité).
Il est facultatif, mais très avantageux : en 2026, il est exonéré de cotisations et d'impôt jusqu'à 600 € par an, et jusqu'à 900 € par an lorsqu'il s'ajoute à la prise en charge d'un abonnement de transport public. La preuve se limite souvent à une attestation sur l'honneur annuelle.
Beaucoup de PME ne l'ont jamais mis en place faute de demande : une requête argumentée a de bonnes chances d'aboutir. Si vous passez au vélo, un antivol en U homologué et un bon éclairage sont les deux achats qui évitent d'abandonner dès novembre.

Quelles autres aides pour se déplacer quand on est alternant ?
- Les tarifs jeunes. La plupart des régions proposent des abonnements TER ou cars à prix réduit pour les jeunes, parfois réservés aux apprentis, et SNCF Voyageurs commercialise la carte Avantage Jeune (12-27 ans) pour les trajets longue distance. Un tarif réduit se cumule avec la prise en charge de l'employeur, calculée sur le prix que vous payez réellement.
- Le permis de conduire. L'aide de 500 € réservée aux apprentis majeurs a été supprimée par la loi de finances pour 2026 et n'est plus accordée depuis le 21 février 2026. Restent le permis à 1 € par jour, les aides de régions, départements ou communes, et le CPF lorsqu'un tiers cofinance : le point complet est dans notre article sur l'aide au permis de conduire des apprentis.
- Se loger plus près. Mobili-Jeune (Action Logement) n'est pas une aide au transport mais au logement : de 10 € à 100 € par mois, 1 100 € au maximum par année de formation, sur deux années au plus, pour les alternants de moins de 30 ans d'une entreprise du secteur privé non agricole, payés au plus 120 % du SMIC. La demande se fait entre 3 mois avant et 5 mois après le début du contrat ; tous les détails sont dans notre guide Mobili-Jeune.
- Les missions locales (16-25 ans) peuvent mobiliser des aides ponctuelles à la mobilité, attribuées au cas par cas avec un conseiller.
Les dispositifs nationaux cumulables sont recensés sur notre page aides financières.
Combien peut-on récupérer sur une année ?
Quatre profils types, sur la base de 11 mois d'abonnement ou de 200 jours de trajet. Les prix d'abonnement et le coût du carburant sont des exemples, à remplacer par les vôtres.
| Profil | Coût annuel | Part obligatoire de l'employeur | Aide facultative possible en 2026 | Reste à charge |
|---|---|---|---|---|
| Abonnement urbain à 40 €/mois | 440 € | 220 € | Prise en charge portée à 75 % (330 €) | 110 € à 220 € |
| Abonnement TER à 100 €/mois | 1 100 € | 550 € | Prise en charge portée à 75 % (825 €) | 275 € à 550 € |
| TER à 100 €/mois + vélo jusqu'à la gare | 1 100 € + entretien du vélo | 550 € | Forfait mobilités durables jusqu'à 350 € (plafond cumulé de 900 €) | 200 € à 550 € + entretien |
| Voiture, 40 km aller-retour par jour (8 000 km) | ≈ 850 € de carburant | 0 € | Prime carburant jusqu'à 600 € | ≈ 250 € à 850 € |
La leçon est claire : seul le remboursement de l'abonnement de transport public est garanti par la loi. Avant de signer, intégrez le coût des trajets dans votre budget : notre simulateur de rémunération vous donne la base salariale, à laquelle il faut retrancher le transport et ajouter les remboursements.

Que faire si l'employeur refuse de rembourser ?
Refuser les 50 % est illégal, mais c'est le plus souvent un oubli, surtout dans les petites structures. Par ordre d'escalade :
- Demande écrite (un mail suffit) au service RH ou au dirigeant, avec le justificatif et la référence aux articles L. 3261-2 et R. 3261-1 du Code du travail.
- Rappel des mois oubliés : demandez la régularisation depuis le début du contrat, sans tarder, car les réclamations sont soumises à des délais de prescription.
- Médiateur de l'apprentissage : pour un apprenti, chaque chambre consulaire (CCI, CMA, chambre d'agriculture) en dispose et il intervient gratuitement. Votre CFA peut aussi appuyer la demande.
- Inspection du travail, puis conseil de prud'hommes en dernier recours.
Restez factuel : vous demandez l'application d'une règle, pas une faveur. Et si la distance rend le contrat intenable, des sorties encadrées existent, détaillées dans notre article sur la rupture du contrat d'apprentissage.
Quels réflexes avoir en début de contrat ?
- Envoyez votre justificatif d'abonnement dès la première semaine, avant la clôture de la paie.
- Demandez s'il existe une prime carburant ou un forfait mobilités durables : sans demande, rien ne sera versé.
- Consultez la page transports ou apprentissage de votre région dans le mois qui suit la signature : les aides ont souvent des dates limites.
- Interrogez votre CFA sur les frais d'hébergement et de restauration et sur son fonds social.
- Parlez de vos contraintes de trajet à votre maître d'apprentissage : un décalage d'horaire de trente minutes pour attraper le bon train ne coûte rien à l'entreprise.
Si vous cherchez encore votre contrat, intégrez la distance dès votre recherche d'offres : à salaire égal, un trajet court vaut plusieurs centaines d'euros par an.
Ce qu'il faut retenir
- 50 % de l'abonnement de transport public ou de vélo en libre-service : obligatoire, sur justificatif, pour tous les alternants.
- Prime carburant : facultative, exonérée jusqu'à 600 € en 2026 et cumulable cette année avec le remboursement de l'abonnement.
- Forfait mobilités durables : facultatif, 600 € par an exonérés (900 € en cumul avec l'abonnement).
- Trajets vers le CFA : couverts si l'abonnement est commun ; sinon, à négocier, et à compléter par les aides régionales et l'OPCO.
- Aide de 500 € au permis : supprimée depuis février 2026.
Sources : service-public.gouv.fr (fiche « Remboursement des frais de transport domicile-travail »), Urssaf (prime carburant 2026), Légifrance (Code du travail), Action Logement (Mobili-Jeune), impots.gouv.fr (barème kilométrique).