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Droits de l'alternant · Contrat d'apprentissage · Rémunération · Droits · Alternance

Heures supplémentaires en alternance : règles et calcul 2026

« Tu restes une heure de plus ce soir, on est en rush. » La phrase paraît anodine, mais en alternance chaque heure travaillée au-delà de 35 heures ouvre des droits précis : une majoration calculée sur votre propre salaire, un repos, parfois un avantage fiscal.

En résumé : un alternant (apprenti ou contrat de professionnalisation) est un salarié à part entière, soumis à la durée légale de 35 heures par semaine (article L. 3121-27 du Code du travail). Les heures effectuées au-delà, à la demande de l'employeur, sont des heures supplémentaires : +25 % de la 36ᵉ à la 43ᵉ heure, +50 % à partir de la 44ᵉ, sauf accord collectif fixant un autre taux, jamais inférieur à 10 %. La majoration s'applique à votre taux horaire réel — un pourcentage du SMIC, qui vaut 12,31 € brut de l'heure depuis le 1er juin 2026. Les heures de CFA comptent comme du temps de travail (article L. 6222-24). Un alternant majeur ne peut pas dépasser 10 heures par jour, 48 heures sur une semaine et 44 heures en moyenne sur 12 semaines. Les heures supplémentaires sont exonérées d'impôt sur le revenu jusqu'à 7 500 € nets par an. Avant 18 ans, le régime est beaucoup plus strict (8 h par jour, 35 h par semaine, heures supplémentaires seulement à titre exceptionnel) : il est détaillé dans notre guide sur l'apprenti mineur.

Jeune homme en gilet jaune fluo tenant un casque blanc sur un chantier, pelleteuse à l'arrière-plan

Un alternant peut-il faire des heures supplémentaires ?

Oui. Le contrat d'apprentissage et le contrat de professionnalisation sont des contrats de travail : l'alternant suit l'horaire collectif de l'entreprise, généralement 35 heures par semaine, parfois 37 ou 39 heures avec des jours de RTT. Toute heure accomplie à la demande (ou avec l'accord) de l'employeur au-delà de 35 heures est une heure supplémentaire, avec les contreparties qui vont avec.

Là où beaucoup d'alternants se trompent, c'est sur le périmètre du temps de travail. L'article L. 6222-24 est explicite : « le temps consacré par l'apprenti à la formation dispensée dans les centres de formation d'apprentis est compris dans l'horaire de travail », sauf pour les modules complémentaires librement choisis par l'apprenti. Trois conséquences concrètes :

  • Une semaine de CFA de 35 heures est déjà « pleine » : une journée en entreprise ajoutée le samedi devient des heures supplémentaires.
  • Vous êtes rémunéré normalement pendant vos semaines de cours.
  • Les devoirs et révisions faits chez vous ne sont pas du temps de travail : la règle vise les heures de formation organisées par le CFA.

En contrat de professionnalisation, l'article L. 6325-10 fixe une règle voisine : la durée du travail, temps passé en formation compris, ne peut excéder ni la durée hebdomadaire pratiquée dans l'entreprise, ni la durée quotidienne maximale de 10 heures.

À retenir : votre semaine d'alternance n'est pas « une semaine d'école plus une semaine de boulot ». C'est une seule semaine de travail, répartie entre deux lieux.

Et si vous avez moins de 18 ans ?

Le statut de mineur prime sur celui d'alternant : 8 heures par jour et 35 heures par semaine au maximum, heures supplémentaires seulement à titre exceptionnel (5 heures par semaine, avec l'accord de l'inspecteur du travail et l'avis conforme du médecin du travail), dérogation jusqu'à 10 h / 40 h réservée aux chantiers du BTP et des espaces paysagers, travail de nuit interdit et 12 heures de repos quotidien. Tout est détaillé dans notre article dédié : apprenti mineur, durée du travail, heures supplémentaires et nuit. La suite de ce guide concerne les alternants majeurs.

Quelles sont les durées maximales de travail d'un alternant majeur ?

Les heures supplémentaires ne permettent jamais de franchir les plafonds du Code du travail, qui s'appliquent aux alternants comme aux autres salariés.

RègleLimite légaleBase légale
Durée quotidienne maximale10 h (jusqu'à 12 h par accord collectif en cas d'activité accrue ou pour des motifs d'organisation)L. 3121-18 et L. 3121-19
Durée maximale sur une semaine48 h (jusqu'à 60 h à titre exceptionnel, sur autorisation administrative)L. 3121-20 et L. 3121-21
Moyenne sur 12 semaines consécutives44 h (46 h par accord collectif)L. 3121-22 et L. 3121-23
Pause20 min dès 6 h de travailL. 3121-16
Repos quotidien11 h consécutivesL. 3131-1
Repos hebdomadaire35 h consécutives (24 h + 11 h), en principe le dimancheL. 3132-2 et L. 3132-3
Contingent annuel d'heures supplémentaires220 h par salarié, à défaut d'accord collectifD. 3121-24

Un alternant majeur peut aussi travailler la nuit, le dimanche ou un jour férié dans les mêmes conditions que les autres salariés de l'entreprise (dérogations au repos dominical, statut de travailleur de nuit…). Ces heures ne sont pas des heures supplémentaires en elles-mêmes : seules comptent celles qui dépassent 35 heures dans la semaine. Les éventuelles majorations de nuit ou de dimanche dépendent de la convention collective ou du régime de dérogation applicable.

Comment sont payées les heures supplémentaires d'un alternant ?

Quels sont les taux de majoration ?

En l'absence d'accord collectif (article L. 3121-36) :

  • +25 % pour les heures de la 36ᵉ à la 43ᵉ incluse ;
  • +50 % à partir de la 44ᵉ heure.

Un accord d'entreprise ou de branche peut prévoir d'autres taux, à condition qu'ils ne soient jamais inférieurs à 10 % (article L. 3121-33). Selon les branches, le résultat peut être plus ou moins favorable que le taux légal : vérifiez la convention collective indiquée sur votre contrat.

Sur quelle base calculer la majoration ?

La majoration s'applique à votre taux horaire réel (salaire mensuel brut ÷ 151,67 heures pour un temps plein à 35 h), pas au SMIC plein. Pour un apprenti payé au minimum légal, ce taux est un pourcentage du SMIC horaire, 12,31 € brut depuis le 1er juin 2026 (12,02 € de janvier à mai 2026).

Situation (salaire minimum légal)Taux horaire brutHeure à +25 %Heure à +50 %
Apprenti 18-20 ans, 1ʳᵉ année (43 % du SMIC)5,29 €6,62 €7,94 €
Apprenti 18-20 ans, 2ᵉ année (51 %)6,28 €7,85 €9,42 €
Apprenti 18-20 ans, 3ᵉ année (67 %)8,25 €10,31 €12,37 €
Apprenti 21-25 ans, 1ʳᵉ année (53 %)6,52 €8,16 €9,79 €
Apprenti 21-25 ans, 3ᵉ année (78 %)9,60 €12,00 €14,40 €
Apprenti de 26 ans et plus ou alternant payé au SMIC (100 %)12,31 €15,39 €18,47 €

Exemple : une apprentie de 19 ans en 2ᵉ année travaille 39 heures une semaine. Ses 4 heures supplémentaires lui rapportent 4 × 7,85 € ≈ 31,39 € brut en plus de son salaire. À partir de 21 ans, le pourcentage s'applique au salaire minimum conventionnel s'il est plus favorable que le SMIC ; si votre contrat prévoit un salaire supérieur au minimum, c'est ce salaire qui sert de base. Pour connaître votre taux exact, utilisez le simulateur de rémunération et consultez notre article sur le SMIC au 1er juin 2026.

Le repos peut-il remplacer le paiement ?

Oui, dans certains cas. Un accord collectif (ou, dans les entreprises sans délégué syndical, l'employeur si le CSE ne s'y oppose pas) peut remplacer tout ou partie du paiement par un repos compensateur de remplacement de durée équivalente : une heure majorée à 25 % donne 1 h 15 de repos. Ce repos doit être effectivement pris.

Au-delà du contingent annuel (220 heures à défaut d'accord), chaque heure supplémentaire ouvre en plus droit à une contrepartie obligatoire en repos : 50 % du temps effectué dans les entreprises de 20 salariés au plus, 100 % au-delà de 20 salariés.

Attention à la confusion avec les heures de récupération : si l'entreprise ferme un pont et vous demande de rattraper les heures perdues, ces heures ne sont pas des heures supplémentaires et ne sont pas majorées (article L. 3121-50).

Que reste-t-il en net : impôt et cotisations ?

  • Impôt sur le revenu : les heures supplémentaires sont exonérées dans la limite de 7 500 € nets par an (revenus 2025 et 2026). Pour un apprenti, le salaire est de toute façon exonéré jusqu'au montant annuel du SMIC (21 622 € pour les revenus 2025) : l'exonération spécifique aux heures supplémentaires concerne donc surtout les salariés en contrat de professionnalisation, dont le salaire est imposable normalement.
  • Cotisations : la rémunération des heures supplémentaires bénéficie d'une réduction des cotisations salariales d'assurance vieillesse, dans la limite de 11,31 % et des cotisations réellement dues.
  • Cas de l'apprenti : pour un contrat conclu depuis le 1er mars 2025, le salaire n'est exonéré de cotisations salariales que jusqu'à 50 % du SMIC (933,51 € brut par mois depuis le 1er juin 2026). Des heures supplémentaires peuvent faire passer ce seuil : la fraction au-delà supporte les cotisations et la CSG-CRDS. Détails dans notre article sur le salaire net de l'apprenti.

Jeune femme en casque de chantier et gilet fluo, bras croisés, devant des structures métalliques jaunes

Peut-on refuser des heures supplémentaires ?

En principe, non : les heures supplémentaires relèvent du pouvoir de direction de l'employeur, et un refus injustifié peut être sanctionné, y compris pour un alternant. Mais vous pouvez légitimement dire non dans trois situations :

  1. Dépassement des durées maximales. Aucun employeur ne peut vous faire travailler plus de 10 heures dans la journée (hors accord) ou plus de 48 heures dans la semaine. Là, le refus est un droit.
  2. Conflit avec la formation. Vos heures de CFA sont du temps de travail : un employeur ne peut pas vous demander de manquer un cours pour couvrir un pic d'activité, car il s'est engagé à vous permettre de suivre la formation.
  3. Demande abusive. Un refus peut être justifié lorsque la demande est faite dans des conditions déloyales (prévenance tardive et répétée sans urgence réelle, atteinte excessive à la vie personnelle) ; les juges l'apprécient au cas par cas.

Conseil pratique : ne discutez jamais d'heures supplémentaires à l'oral seulement. Un mail court après coup (« Pour confirmer, je reste jusqu'à 19 h ce jeudi ») crée une trace datée.

Comment prouver ses heures en cas de litige ?

Depuis un arrêt de la Cour de cassation du 18 mars 2020 (n° 18-10.919), le salarié doit présenter des éléments suffisamment précis sur les heures qu'il dit avoir effectuées ; l'employeur doit ensuite répondre avec ses propres éléments. L'employeur a d'ailleurs une obligation de décompte du temps de travail lorsque les salariés ne suivent pas tous le même horaire collectif (article D. 3171-8).

Ce qui constitue une preuve utile :

  • un agenda ou carnet de bord quotidien où vous notez chaque jour l'heure d'arrivée, de départ et la pause ;
  • les badgeages ou relevés de pointeuse, dont vous pouvez demander copie ;
  • les mails et messages envoyés hors horaires, qui datent votre présence ;
  • les plannings du CFA prouvant vos semaines de cours ;
  • les témoignages de collègues, recevables devant le conseil de prud'hommes.

Que faire si les heures ne sont ni payées ni compensées ?

Dans l'ordre :

  1. En parler à votre maître d'apprentissage ou tuteur, chiffres en main. Il s'agit souvent d'un oubli de paie ou d'une méconnaissance des règles.
  2. Solliciter votre CFA, qui accompagne les apprentis en cas de difficulté, et pour un contrat d'apprentissage le médiateur de l'apprentissage désigné par les chambres consulaires (CCI, CMA, chambre d'agriculture), gratuit (article L. 6222-39).
  3. Alerter l'inspection du travail (services de la DREETS / DDETS de votre département), en particulier en cas de dépassement des durées maximales.
  4. Contacter un syndicat, qui peut vous aider gratuitement à rédiger une mise en demeure.
  5. En dernier recours, saisir le conseil de prud'hommes, sans obligation d'avocat : les rappels de salaire se prescrivent par 3 ans (article L. 3245-1).

Un Code du travail annoté ou un guide pratique du droit du travail aide à préparer la discussion : citer l'article exact désamorce bien des malentendus.

Comment tenir le rythme sans s'épuiser ?

Le droit fixe des plafonds, mais 35 heures en entreprise plus les révisions et les trajets représentent une charge réelle importante. Quelques réflexes :

  • Préserver un vrai jour de repos par semaine, sans révisions.
  • Anticiper les examens : l'apprenti a droit à 5 jours ouvrables de congé rémunéré pour préparer directement ses épreuves, à prendre dans le mois qui les précède (article L. 6222-35).
  • Soigner son équipement : des chaussures de sécurité confortables pour ceux qui passent la journée debout.
  • Surveiller les signaux (troubles du sommeil, douleurs répétées) : le médecin du travail peut être consulté à votre demande, pas seulement lors de la visite médicale de l'apprenti.

Pour organiser cours, entreprise et vie personnelle, notre guide concilier vie pro, études et vie perso donne des méthodes concrètes.

Quels points vérifier dès la signature du contrat ?

  • La durée hebdomadaire de référence : 35 h, 37 h ou 39 h ? À 39 h sans jours de RTT, 4 heures supplémentaires sont intégrées chaque semaine et doivent apparaître majorées sur le bulletin de paie.
  • La convention collective applicable : elle fixe les taux de majoration, le contingent annuel et parfois des primes dont les alternants bénéficient aussi.
  • Le mode de décompte du temps de travail : pointeuse, feuille d'heures, déclaratif.

Relisez ensuite votre bulletin de paie chaque mois : les heures supplémentaires y figurent sur une ligne distincte, avec le nombre d'heures et le taux appliqué. Si la ligne est absente alors que vous avez dépassé 35 heures, posez la question tout de suite. Pour aller plus loin, consultez nos pages sur les aides financières et les offres d'alternance.

Sources : Code du travail (articles L. 3121-16 à L. 3121-50, D. 3121-24, L. 3131-1, L. 3132-2, L. 3162-1, L. 3245-1, L. 6222-24, L. 6222-35, L. 6222-39, L. 6325-10, D. 3171-8) sur legifrance.gouv.fr ; service-public.gouv.fr (fiches « Heures supplémentaires d'un salarié du secteur privé », « Les heures supplémentaires sont-elles imposées ? », « Contrat d'apprentissage », « Smic ») ; Cour de cassation, chambre sociale, 18 mars 2020, n° 18-10.919.

Questions fréquentes

Un apprenti peut-il faire des heures supplémentaires ?

Oui, s'il est majeur : comme tout salarié, il peut travailler au-delà de 35 heures, dans la limite de 10 heures par jour, 48 heures sur une semaine et 44 heures en moyenne sur 12 semaines. Chaque heure au-delà de 35 heures, temps de CFA compris, est majorée ou compensée en repos. Avant 18 ans, elles ne sont possibles qu'à titre exceptionnel (5 heures par semaine au maximum, avec l'accord de l'inspecteur du travail et l'avis conforme du médecin du travail) ou sur les chantiers du BTP et des espaces paysagers (jusqu'à 40 heures, compensées en repos).

Comment calculer une heure supplémentaire d'apprenti en 2026 ?

On part du taux horaire réel de l'apprenti (pourcentage du SMIC selon l'âge et l'année × 12,31 € depuis le 1er juin 2026), majoré de 25 % de la 36e à la 43e heure puis de 50 %, sauf accord collectif. Exemple : un apprenti de 19 ans en 2e année (51 % du SMIC) gagne 6,28 € brut de l'heure, soit 7,85 € pour une heure à +25 % et 9,42 € à +50 %.

Les heures de cours au CFA comptent-elles dans les 35 heures ?

Oui. Le temps de formation en CFA est compris dans l'horaire de travail de l'apprenti (article L. 6222-24 du Code du travail), sauf modules complémentaires librement choisis. En contrat de professionnalisation, la durée du travail, formation comprise, ne peut excéder la durée hebdomadaire pratiquée dans l'entreprise (article L. 6325-10).

Les heures supplémentaires d'un alternant sont-elles imposables ?

Elles sont exonérées d'impôt sur le revenu dans la limite de 7 500 € nets par an (revenus 2025 et 2026) et bénéficient d'une réduction de cotisations salariales d'assurance vieillesse, dans la limite de 11,31 %. Pour un apprenti, le salaire est en plus exonéré d'impôt jusqu'au montant annuel du SMIC (21 622 € pour les revenus 2025).

Que faire si mes heures supplémentaires ne sont pas payées ?

Rassemblez vos preuves (relevés d'heures, plannings, messages), parlez-en à votre maître d'apprentissage, puis sollicitez le CFA ou le médiateur de l'apprentissage de la chambre consulaire. Si rien ne bouge, l'inspection du travail peut intervenir et le conseil de prud'hommes peut être saisi : les rappels de salaire se prescrivent par 3 ans.

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